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Médicaments : le Maroc à l’assaut du marché russe

© D.R

Une première expédition vers la Russie considérée comme une porte d’entrée pour l’accès au marché de l’Union économique eurasiatique

Industrie pharmaceutique. Longtemps orientée vers les marchés africains et arabes, l’industrie «pharma» nationale tente une percée sur le marché russe. Eclairages.

Et si la Russie devenait un nouveau client pour l’industrie pharmaceutique marocaine ? Une première opération d’exportation ouvre, en effet, la voie à un nouveau partenariat entre le Maroc, la Russie et avec elle tout le marché de l’Union économique eurasiatique. La firme marocaine spécialisée dans la fabrication de médicaments, Galenica, vient d’annoncer une opération avec un partenaire russe. «Une première historique pour Galenica. Aujourd’hui, nous célébrons avec une immense fierté le départ de notre première expédition vers la Russie, en partenariat avec Asia Pharm Group», apprend-on auprès du management du laboratoire marocain. «Cette étape marque bien plus qu’une première exportation : elle concrétise une vision portée par Galenica depuis plusieurs années. Galenica est fière d’être le premier laboratoire pharmaceutique marocain, arabe et africain à obtenir la certification GMP et les Autorisations de mise sur le marché (AMM) EAC, ouvrant ainsi l’accès au marché de l’Union économique eurasiatique, dont la Russie.

Cette reconnaissance témoigne de notre capacité à répondre aux standards internationaux les plus exigeants en matière de qualité, de conformité et d’excellence pharmaceutique», poursuit la même source pour qui cette expédition «constitue la première concrétisation de cette réussite réglementaire et ouvre la voie à une nouvelle dynamique de développement international». L’événement est si important côté russe que la représentation commerciale russe au Maroc a effectué une communication sur le sujet. «Les laboratoires pharmaceutiques Galenica ont effectué leur première livraison de produits pharmaceutiques en Russie en partenariat avec Asia Pharm Group. Cette expédition marque la première étape de l’entrée de l’entreprise sur le marché de l’Union économique eurasiatique (UEA).

Auparavant, Galenica est devenue la première entreprise pharmaceutique marocaine à obtenir la certification GMP ainsi que les autorisations d’enregistrement nécessaires pour commercialiser ses produits sur le marché de l’UEE, y compris la Russie», indique la représentation russe. «L’entreprise indique que cette première exportation est le résultat de plusieurs années de travail pour adapter sa production aux normes internationales. Créés il y a plus de 40 ans, les laboratoires pharmaceutiques Galenica figurent parmi les principaux fabricants marocains de médicaments et produisent une large gamme de produits conformes aux normes internationales de qualité», précise la même source.

Union économique eurasiatique
Pour les responsables marocains, cette première opération ouvre de nouveaux horizons avec la partie russe mais également l’Union économique eurasiatique. Cette dernière est une organisation internationale d’intégration économique régionale dotée d’une personnalité juridique internationale, établie par le Traité sur l’Union économique eurasiatique. L’UEEA garantit la liberté de circulation des biens, des services, des capitaux et de la main-d’œuvre, ainsi que la poursuite de politiques coordonnées, cohérentes ou unifiées dans les secteurs de l’économie. Les États membres de l’Union économique eurasiatique sont la République d’Arménie, la République de Biélorussie, la République du Kazakhstan, la République kirghize et la Fédération de Russie.

L’UEEA a été créée dans le but d’assurer une modernisation globale, de coopérer et d’accroître la compétitivité des économies nationales et de créer les conditions d’un développement stable afin d’améliorer le niveau de vie de la population des États membres. En dépit des défis qui restent encore à relever, cette Union économique peut constituer une véritable opportunité économique avec un marché potentiel de plusieurs dizaines de millions de consommateurs potentiels. Ce n’est pas la première fois qu’une tentative pour bâtir un partenariat entre le Maroc et la Russie dans le secteur pharmaceutique est lancée. La première grande tentative au cours des dernières années remonte à la crise sanitaire et l’épisode de la Covid-19.

Vaccin
A cette époque, l’agence publique russe d’information, Tass, avait relayé la réaction du ministère russe de l’industrie et du commerce suite à l’autorisation du vaccin anti-Coronavirus Spoutnik V. «Le 9 mars 2021, une autorisation d’utilisation d’urgence du vaccin russe anti-Coronavirus Spoutnik V pour une utilisation sur le territoire marocain a été annoncée», indiquait le ministère, ajoutant que «compte tenu du rôle du Royaume parmi les États du continent africain, la mise en place d’un partenariat à long terme avec la partie marocaine peut être un coup de pouce dans l’organisation de l’approvisionnement du vaccin russe Spoutnik V à d’autres pays africains».

Ainsi, la Fédération russe qui fut la première à l’échelle internationale à enregistrer un vaccin contre le Covid-19 projetait d’exporter ce produit vers d’autres pays. En Afrique, les Russes semblaient clairement miser sur le Maroc pour atteindre cet objectif. Plus loin encore, le laboratoire Gelenica avait présenté comme le candidat potentiel pour la fabrication du vaccin russe anti-coronavirus Spoutnik V localement au Maroc. Reste à savoir si les industriels marocains pourront s’imposer durablement sur le marché russe avec la première expédition. En tout cas, le Maroc affiche au cours des dernières années l’ambition de devenir un acteur majeur dans le domaine de l’industrie pharmaceutique.

Le Maroc, sous le leadership de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a fait le choix stratégique de placer la souveraineté sanitaire au cœur de sa trajectoire de développement, avait souligné, en mai dernier à Nairobi, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch. Co-présidant un panel sur la souveraineté sanitaire avec le président de la République du Ghana, John Dramani Mahama, M. Akhannouch a souligné que la vision de la souveraineté et de la sécurité sanitaire se traduit au Maroc par des réformes concrètes, notant que le Royaume a fait le choix de placer la souveraineté sanitaire au cœur de sa trajectoire de développement à travers plusieurs priorités d’action stratégiques (voir encadré).

Souveraineté sanitaire
Défi stratégique. Le Chef du gouvernement avait rappelé en mai dernier la généralisation par le Royaume de l’assurance maladie obligatoire, qui couvre aujourd’hui 88 % de la population marocaine ainsi que la restructuration du système de santé national grâce notamment à une gouvernance renforcée, à une mise à niveau de l’offre de soins et à un investissement massif dans les ressources humaines. Il s’agit également de la mise en place d’un financement durable de la santé, à travers la mobilisation des ressources publiques et des partenariats public privé et de l’investissement dans la production locale des médicaments, qui permet aujourd’hui au Royaume de couvrir plus de 70 % des besoins nationaux, avait encore ajouté le Chef du gouvernement lors d’un panel tenu dans le cadre du Sommet « Africa Forward » organisé dans la capitale kényane.

La convergence de l’ensemble de ces aspects (social, gouvernance, industriel et financier) permet de réaliser un rattrapage structurel de nos systèmes de santé, a soutenu M. Akhannouch, défendant l’idée que la santé n’est plus seulement un secteur social, mais une question de sécurité, de stabilité économique et, avant tout, de souveraineté d’État et un investissement souverain à sécuriser. Le Chef du gouvernement avait noté que les récentes alertes sanitaires internationales nous rappellent que les enjeux épidémiologiques demeurent un défi stratégique majeur et soulignent la nécessité de renforcer nos capacités de veille et de coordination rapide tout en consolidant durablement nos systèmes de santé.