Mohamed Yousfi : «31 milliards DH d’investissements publics et privés à fin 2019»

Mohamed Yousfi : «31 milliards DH d’investissements publics  et privés à fin 2019»

Entretien avec Mohamed Yousfi, directeur général de l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL)

ALM : Quelle lecture faites-vous de l’activité logistique au Maroc à l’heure actuelle ?

Mohamed Yousfi : Conscient que la logistique est un facteur capital de la compétitivité de son économie, le Maroc a lancé, en 2010, sous le patronage effectif de Sa Majesté le Roi Mohammed VI une stratégie ambitieuse de développement de la compétitivité logistique formalisant l’engagement de l’Etat et du secteur privé à une participation active et engagée visant à faire de la logistique un réel levier de compétitivité du pays. Ainsi, le développement du secteur de la logistique est apparu comme une nouvelle priorité stratégique pour accompagner les différentes stratégies sectorielles déjà mises en œuvre et parachever le processus de renforcement de la compétitivité de l’économie marocaine dans les secteurs de l’équipement et des transports entrepris par le ministère de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau. En effet, cette stratégie vient capitaliser sur la grande avancée qu’ont connue les infrastructures de transport du Royaume ainsi que les importantes étapes franchies dans le processus de réforme, de libéralisation et d’introduction de la concurrence dans les différents modes de transport terrestre, maritime et aérien, comme dans le secteur portuaire. Agissant en tant que catalyseur, le déploiement de la stratégie logistique nationale a connu une réelle impulsion et d’importantes avancées ont été constatées en matière de développement d’offres de services logistiques, à savoir le transport routier national et international, le stockage, le freight-forwarding, le fret aérien ou encore les nouvelles technologies développées. Cette évolution a été marquée par le développement significatif des opérateurs marocains et l’installation de nombreux groupes internationaux. A cet effet, le marché de la logistique au Maroc a connu une évolution qualitative des prestations logistiques proposées, marquée à la fois par la multiplication des opérateurs et la diversification de l’offre, allant de la simple prestation de transport jusqu’à la prise en charge totale de la fonction logistique et de la supply chain du client.

Comment peut-on quantifier cette évolution?

Des statistiques concrètes peuvent témoigner de l’évolution du secteur logistique au Maroc depuis le lancement de la stratégie nationale en 2010. En effet, le secteur du transport et de la logistique a contribué, en combinant à la fois les opérations réalisées par les prestataires logistiques et leurs effets indirects d’une part et les opérations logistiques réalisées en interne par les chargeurs d’une autre part, à hauteur de 5,48% au PIB national en 2019, soit une valeur ajoutée générée de l’ordre de 56 milliards de dirhams. L’impulsion qu’a connue le secteur logistique a également engendré une réelle dynamique d’investissement. Les secteurs public et privé ont contribué avec environ 31 milliards DH en 2019, soit 9,8% de la formation brute du capital fixe (FBCF), pour le développement des infrastructures et services logistiques au Maroc. Au niveau de l’emploi, les opérations de transport et de logistique englobent environ 472.000 emplois, soit 4,3% de la population active occupée du Maroc en 2019, ce qui place le secteur de la logistique et du transport de marchandises parmi les premiers secteurs pourvoyeurs d’emplois.
Le secteur de la logistique a ainsi contribué directement avec la création de 37.000 emplois nets durant la période 2010-2019, soit une part de 8% de l’ensemble des créations d’emploi au niveau national. La contribution de ce secteur dans l’essor économique de notre pays est appelée à croître parallèlement aux efforts louables fournis par l’ensemble des parties prenantes publiques et privées, afin de faire face aux défis de la logistique future et s’adapter aux nouvelles tendances.

Peut-on avoir une idée sur le déroulement du plan PME logis ?

Le renforcement de la compétitivité logistique nationale passe impérativement par l’émergence de logisticiens intégrés et la modernisation des pratiques logistiques au sein des PME marocaines. Dans ce sens, le ministère de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau s’est attelé à mettre en place, à travers l’AMDL, plusieurs actions visant la structuration et l’accompagnement des acteurs dans l’amélioration de leur performance logistique. Ces actions trouvent un grand écho dans le programme visant la professionnalisation des prestataires logistiques et la mise à niveau de la fonction logistique au sein des PME, intitulé «PME Logis». Lancé en partenariat avec la Confédération générale des entreprises du Maroc et le Groupement d’interprofessionnel d’aide au conseil (GIAC Translog), ce programme couvre la période 2017-2021 et offre aux PME un accompagnement technique et financier sur différents volets, avec un budget global de 63,5 millions de dirhams. Dans le cadre de ce programme, et depuis son lancement, 201 PME, opérateurs logistiques et chargeurs confondus, ont bénéficié d’une assistance dans différents domaines, à savoir le diagnostic de la supply chain, l’externalisation logistique, le développement de systèmes d’information logistique, les certifications ainsi que la formation aux métiers et aux bonnes pratiques logistiques, avec un budget total de 58,8 millions de dirhams dont 35 millions de dirhams engagés par l’AMDL. L’enquête de satisfaction, lancée au terme de la première phase du programme «PME Logis» s’étalant sur la période 2017-2019 et qui a porté sur un échantillon de 50 PME bénéficiaires, a relevé un taux de satisfaction global de 96% de l’accompagnement qu’offre ce programme.

Quel bilan dressez-vous du développement des zones logistiques sur le plan territorial ?

La stratégie logistique nationale prévoit la mise en place progressive d’un réseau national intégré de zones logistiques à l’horizon 2030 dans différentes régions du Royaume. Dans ce cadre, un travail considérable a été mené pour l’identification des assiettes foncières nécessaires et leur intégration dans les documents de l’urbanisme. A ce titre, et afin de sécuriser l’avenir logistique du pays, 1.582 hectares ont été affectés aux zones logistiques dans les documents de l’urbanisme, dont plus de 130 hectares de surfaces ont été aménagés pour accueillir des zones logistiques et 105 hectares effectivement valorisés. Cette démarche a permis l’établissement de schémas régionaux de développement des zones logistiques, arrêtés en concertation avec tous les acteurs concernés, qui ont fait l’objet de projets de contrats régionaux de développement des zones logistiques. S’inscrivant dans ce cadre, l’amorçage du développement d’une première zone logistique au sud d’Ait-Melloul a été entrepris.

Quelles sont les spécificités de cette nouvelle zone ?

S’étalant sur une superficie globale de 172 hectares à terme, la réalisation de cette zone prévoit le développement d’espaces logistiques (parc logistique locatif nouvelle génération, parc locatif PME/PMI et stockage intermédiaire, grandes parcelles pour activités logistiques spécifiques…) et d’espaces pour les services (centre routier, pôle d’accueil et de services aux personnes et aux entreprises, centre de formation…). La réalisation d’une première tranche de 45 hectares de la zone logistique au sud d’Ait-Melloul a fait l’objet d’une convention spécifique portant sur l’acquisition du foncier nécessaire au développement de la zone, l’aménagement in-site et hors-site du site et la construction d’un premier noyau d’équipements composé d’un centre d’accueil et d’un centre routier et mobilisant un investissement global de 350 millions de dirhams. Les retombées de la future zone logistique au sud d’Ait-Melloul rejailliront sur l’ensemble de la région Souss-Massa. En effet, le développement de cette zone permettra de massifier les flux de marchandises au niveau de la région et de renforcer sa vocation comme plate-forme d’échanges, notamment vers le Sud du Royaume et au-delà vers les marchés africains. Considérée parmi les projets pilotes initiant le déploiement du schéma- directeur national des zones logistiques, la réalisation de cette première tranche de la zone logistique au sud d’Ait-Melloul sera suivie par l’amorçage d’autres projets similaires à travers l’ensemble du territoire du Royaume.

Où en est le plan national de formation en logistique prévu à l’horizon 2024 ?

En effet, dans le cadre de la mise en œuvre du contrat d’application dédié au développement de la formation et des compétences logistiques pour la période 2014-2020, le ministère de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau, à travers l’Agence marocaine de développement de logistique, a fait converger l’ensemble des parties prenantes autour d’un plan de formation pour la période 2020-2024 répondant aux besoins identifiés par une étude sectorielle spécifique au secteur logistique. En outre un Board de Coordination de la formation en logistique (BCFL) a été institué pour veiller à l’adéquation quantitative et qualitative entre l’offre de formation en logistique et la demande du marché de l’emploi à travers notamment la coordination de la mise en œuvre du plan national de formation en logistique et également la proposition d’autres mesures visant le développement et l’amélioration de l’offre de formation et des compétences en logistique au Maroc. Toujours en guise de déploiement du plan national de formation en logistique, des programmes types ont été définis pour certaines fonctions de travail arrêtées par l’étude sectorielle réalisée par l’AMDL, notamment pour la formation «Supply Chain Manager» et la formation «Ingénierie logistique» en plus de la revue des programmes de formation pour deux filières de formation professionnelle qui concernent les fonctions «Opérateur logistique» et «Agent d’exploitation logistique». Des canevas types ont été également élaborés pour certaines formations initiales de types ingénieur, master, licence et technicien supérieur.

Qu’en est-il du système de labellisation relatif aux filières de formation dans les métiers de la logistique ?

Afin d’améliorer la qualité des formations dans les métiers de la logistique et de veiller à leur adéquation avec les besoins en compétences du secteur, l’AMDL a procédé à la conception d’un système de labellisation des formations en transport et logistique au Maroc intitulé «Label Training Logistics-LTL». En préparation au lancement de ce label, et dans le but de valider ou ajuster les exigences qui y sont déterminées, des audits à blanc ont été conduits auprès de trois établissements de formation représentant l’enseignement supérieur et la formation professionnelle. Le déploiement de ce label contribuera à assurer une meilleure lisibilité de l’offre de formation visant à hisser le niveau des compétences dans les métiers du transport et de la logistique au Maroc.

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