Mounir Houari : 28 jours au lieu de 180 pour statuer sur un dossier d’investissement

Entretien avec Mounir Houari, directeur du CRI Dakhla-Oued Eddahab

Pour le directeur du Centre régional d’investissement, tous les projecteurs sont désormais braqués sur cette région qui séduit de plus en plus d’investisseurs marocains et étrangers.

ALM : Quels sont les principaux chantiers de développement ouverts actuellement à Dakhla?

Mounir Houari : Le développement de la région de Dakhla-Oued Eddabab ne date pas d’hier, mais il a été accéléré ces derniers temps avec le lancement du nouveau modèle de développement des provinces du Sud à travers un nouveau programme d’investissement de l’Etat dans les infrastructures pour drainer les investissements comme le projet de l’autoroute de Tiznit-Dakhla, le nouveau port de Dakhla Atlantique avec une zone logistique de 1.000 ha où on va installer l’industrie de transformation et celle liée à la pêche, les produits de la mer, et la partie service, ce qui renforcera le positionnement de Dakhla en tant que porte de l’Afrique avec notamment une zone franche. Donc l’objectif du Maroc est aussi de consolider ses liens Sud-Sud avec ses partenaires du continent. L’autre projet important est celui d’une station de dessalement qui est en cours et qui permettra l’irrigation de 5.000 ha dans un premier temps, et aussi acheminer l’eau potable vers le futur port de Dakhla.
La région regorge de potentialités en termes d’agriculture vu son positionnement géographique et le climat qui favorise la précocité, tout ce qui est produit à Dakhla arrive dans les marchés européens deux ou trois semaines avant les autres exportateurs, ce qui est un avantage compétitif majeur, et aussi la diversité des cultures. Aujourd’hui cette région produit surtout les primeurs, les tomates cerises et les melons et il y a beaucoup d’expériences réussies dans la myrtille qui est une culture d’une forte valeur ajoutée et constitue un atout majeur pour la région. Aussi il y a des investissements qui sont réalisés dans le secteur des énergies renouvelables. Déjà la station de dessalement sera la première de son genre au niveau mondial qui sera alimentée à 100% par de l’énergie éolienne. Des projets d’énergie éolienne vont également permettre la production de l’énergie électrique qui sera injectée au niveau du réseau ONE. Il y a en outre un projet porté par un consortium américano-allemand de 900 mégawatts pour faire fonctionner des Data centers, et qui est en train d’être finalisé à travers la signature de la convention d’investissement avec l’Etat. Il porte sur un coût total de 15 milliards DH par la société Soluna et va assurer 600 emplois directs. Egalement dans le pipe, des projets logistiques dont un parc logistique à Bir Guendouz et un autre à El Guergarate et qui seront complémentaires.

Quelle est votre feuille de route pour cette région ?

En tant que CRI c’est d’abord instruire les dossiers d’investissement qui arrivent au niveau de notre plateforme. Après la mise en place de la réforme tout le processus est devenu 100% digitalisé, ce qui nous a permis d’être plus réactifs à l’égard des investisseurs et de réduire le délai de prise des décisions pour passer de 180 jours à 28 seulement pour statuer sur le dossier.
Il y a un travail quotidien pour améliorer nos performances et cette efficience du CRI a été très bien appréciée par la communauté des investisseurs surtout avec plus de transparence dans le traitement des dossiers et un meilleur suivi et une meilleure communication avec les investisseurs via cette plateforme digitale. Sur le volet macroéconomique, le modèle de Dakhla est basé sur la diversification du tissu économique de la région, et l’une des priorités du CRI c’est de consolider le positionnement des TPE et PME régionales. Avec les autres acteurs on essaye également de décortiquer la chaîne de valeur. On travaille sur l’industrialisation du tissu économique et l’amélioration de la compétitivité qui ne peut être garantie que si on a des ressources humaines qualifiées et c’est l’un des défis qu’on doit relever en adoptant une approche proactive et travailler dès maintenant pour essayer d’évaluer les besoins en ressources humaines pour les futurs projets et démarrer la préparation. Et c’est un travail qui exige la mobilisation de plusieurs parties prenantes, surtout que la réussite d’une région est le résultat de la collaboration entre tous les intervenants : administrations, secteurs privés, société civile, instituts de formation.

Quelles sont les retombées de la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara par les USA sur la région?

On a constaté qu’il y a eu un engouement important pour Dakhla et beaucoup d’investisseurs sont venus à Dakhla pour prospecter et voir dans quelle mesure ils peuvent participer dans ce développement. Récemment on a eu beaucoup de contacts de Chambres de commerce étrangères, notamment chinoise, belge, américaine, et allemande. Aujourd’hui tout le monde regarde ce qui se passe au niveau de la région. On est également en train de gérer au sein du CRI les échanges B to B à travers la plateforme Dakhla Connect.

Quelle place occupe le tourisme dans l’économie régionale ?

Le tourisme assure moins de 1% dans le PIB régional, ce qui est paradoxal. Par contre il est une vraie vitrine pour faire la promotion de Dakhla. Durant la période de Covid-19 on a reçu beaucoup de touristes qui ont découvert la région pour la première fois et beaucoup d’entre eux sont en train de se convertir en investisseurs. Aujourd’hui il y a une vraie dynamique au niveau de ce secteur qui était limité auparavant dans une niche de kitsurf, et actuellement on travaille avec les différentes parties sur comment créer de nouvelles niches et améliorer l’offre animation, capitaliser sur l’arrière-pays, et surtout conjuguer développement économique et respect de l’environnement en mettant des solutions concrètes pour protéger la baie. D’ailleurs, c’est un sujet d’actualité sur lequel on travaille avec Monsieur le wali de la région et pour structurer ce développement.

Quid du secteur des pêches maritimes ?

Pour l’industrie de pêche, celui-ci assure 26% du PIB régional. Et il y a encore du potentiel dans ce secteur parce qu’une bonne partie est exportée à l’état brut, et il y a plusieurs unités de congélation. Dans ce sens, on travaille avec les autres acteurs pour une meilleure valorisation et maximiser cette chaîne de valeur. L’aquaculture est également un levier de croissance de la région avec 2.400 ha mobilisés pour cette activité dans plusieurs zones de Dakhla, et c’est un secteur d’avenir surtout que Dakhla assure une diversité au niveau de ces produits (huîtres, algues…) .

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