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Notation souveraine : Le Maroc se rapproche de l’Investment Grade

© D.R

Dans sa dernière livraison, Moody’s a relevé la perspective de la note du Royaume à «positive» et confirme la solidité de la trajectoire économique et budgétaire.

Crédibilité. L’agence Moody’s a relevé la perspective de la note souveraine du Maroc à «positive», confirmant l’amélioration progressive des fondamentaux économiques et budgétaires du pays. Derrière cette décision, les marchés saluent une économie plus diversifiée, des réformes structurelles en cours et une dynamique d’investissement soutenue qui renforcent la crédibilité financière du Royaume.

L’agence Moody’s vient d’annoncer, en fin de semaine, le relèvement de la perspective de la notation souveraine du Maroc, passée de «stable» à «positive», tout en maintenant la note à Ba1, ce qui constitue bien plus qu’un simple ajustement technique dans le paysage de la finance internationale. Cette décision vient surtout confirmer une trajectoire économique et budgétaire qui, malgré les turbulences des dernières années, semble désormais s’inscrire dans une dynamique ascendante durable.
Dans le langage très codifié des agences de notation, une perspective positive signifie qu’une amélioration de la note est désormais envisageable si les tendances observées se confirment. Autrement dit, le Maroc se rapproche progressivement de la catégorie tant convoitée de l’Investment Grade, ce seuil symbolique qui marque l’entrée d’un pays dans le cercle des signatures jugées les plus solides par les marchés internationaux.

Cette évolution et l’appréciation qui en est faite ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans une séquence plus large d’appréciations convergentes des grandes agences internationales. En 2024 déjà, l’autre agence, Standard & Poor’s avait maintenu la perspective positive de la note du Maroc, soulignant la résilience de l’économie nationale et la crédibilité des réformes économiques engagées. Deux ans plus tard, l’appréciation formulée par Moody’s vient renforcer cette lecture : celle d’une économie qui, malgré les chocs successifs – pandémie, flambée des prix de l’énergie, sécheresses répétées ou tensions géopolitiques – a su préserver ses équilibres fondamentaux.

Une résilience désormais reconnue
Depuis plusieurs années, l’économie marocaine est confrontée à une succession de crises d’ampleur mondiale. La pandémie de Covid-19 avait provoqué une contraction brutale de l’activité et une détérioration temporaire des finances publiques. A la sortie de la crise, le mouvement de relance planétaire avait créé des tensions historiques sur les matières premières, les produits manufacturés toutes catégories confondues, les intrants et sur les chaînes d’approvisionnement créant, ainsi, un début de spirale inflationniste. Peu après, la guerre en Ukraine et l’envolée des prix des matières premières ont ravivé davantage les tensions inflationnistes et pesé sur les équilibres extérieurs. Dans ce contexte particulièrement instable, plusieurs économies comparables ont vu leurs marges de manœuvre se réduire considérablement.
Le Maroc, lui, a fait preuve d’une capacité d’adaptation notable. Les autorités ont multiplié les mesures pour amortir les chocs externes tout en préservant la stabilité sociale et financière. Le renforcement de la Caisse de compensation pour protéger le pouvoir d’achat, les dispositifs de soutien ciblés à certains secteurs, comme le transport, l’agriculture et l’élevage, le tourisme et autres, ainsi que la poursuite des réformes budgétaires ont contribué à maintenir la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux.
Et c’est précisément cette capacité de gestion des crises que les experts des agences de notation mettent régulièrement en avant dans leurs rapports. Moody’s souligne aujourd’hui la solidité des institutions marocaines, la prudence de la gestion macroéconomique et la robustesse des réserves de change, autant d’éléments qui renforcent la résilience globale de l’économie.

Résultats d’une transformation structurelle en profondeur
Mais au-delà de la simple gestion conjoncturelle, les agences s’intéressent surtout aux transformations structurelles qui sont aujourd’hui à l’œuvre. Or, sur ce terrain, le Maroc semble engagé depuis plusieurs années dans un cycle d’investissements et de réformes particulièrement dense.
Moody’s met ainsi en avant l’accélération de la croissance hors agriculture, désormais appelée à dépasser les 5%. Cette évolution traduit une mutation progressive du modèle économique national, historiquement sensible aux aléas climatiques. L’industrialisation, le développement de nouveaux écosystèmes exportateurs et la diversification sectorielle permettent désormais d’amortir plus efficacement les fluctuations de la production agricole.
Les politiques industrielles et sectorielles mises en œuvre ces dernières années – notamment dans l’automobile, l’aéronautique, les énergies renouvelables ou encore les technologies – contribuent à renforcer la capacité d’exportation du pays et à améliorer son positionnement dans les chaînes de valeur mondiales.
Parallèlement, l’effort d’investissement dans les infrastructures reste particulièrement soutenu. Les projets dans les domaines du transport, de la logistique, de l’énergie ou encore de l’eau participent à la modernisation du tissu productif et à l’amélioration de la compétitivité globale de l’économie. Ces investissements massifs sont également conçus pour répondre aux contraintes structurelles, notamment celles liées au stress hydrique ou à la transition énergétique.

L’inclusion comme levier économique
Une autre dimension, souvent moins visible mais régulièrement soulignée par les agences de notation, concerne la transformation du modèle social et institutionnel.
La généralisation de la protection sociale, engagée ces dernières années, illustre parfaitement cette logique. Si cette réforme répond d’abord à un impératif social majeur, ses implications économiques sont tout aussi importantes. En élargissant les filets sociaux et en accélérant la digitalisation des services publics, le Maroc s’attaque également à l’un des défis structurels de son économie : l’ampleur du secteur informel.
L’inclusion sociale devient ainsi, progressivement, un levier de formalisation économique. En intégrant davantage d’acteurs dans les circuits institutionnels, elle contribue à élargir l’assiette fiscale et à renforcer les capacités de financement de l’État. Autrement dit, une politique sociale ambitieuse peut aussi devenir un moteur de création de valeur économique à moyen terme.

Des finances publiques sous surveillance mais maîtrisées
Sur le plan budgétaire, Moody’s souligne également les progrès réalisés ces dernières années, même si la trajectoire d’assainissement reste progressive. Le Maroc continue en effet de faire face à des besoins d’investissement importants ainsi qu’à des pressions sociales légitimes liées aux grandes réformes en cours.
Malgré cela, la dynamique de consolidation budgétaire semble crédible aux yeux des observateurs internationaux. L’amélioration de la mobilisation des recettes, la rationalisation des dépenses publiques et la réforme du secteur des établissements et entreprises publics contribuent à limiter les risques pour les finances de l’État.
Si ces tendances se confirment, le poids de la dette publique pourrait progressivement se stabiliser, voire diminuer, dans les années à venir. Cette perspective constitue l’un des éléments clés susceptibles d’ouvrir la voie à une amélioration future de la notation souveraine.

Le seuil de l’Investment Grade en ligne de mire
Au final, le message envoyé par Moody’s est clair : le Maroc n’est peut-être pas encore entré dans la catégorie des économies « Investment Grade », mais il s’en rapproche progressivement.
Pour les investisseurs internationaux, cette évolution est loin d’être anodine. Une amélioration de la notation souveraine permet généralement de réduire le coût de financement sur les marchés internationaux, d’attirer davantage d’investissements et de renforcer la crédibilité globale du pays.
Mais au-delà des marchés financiers, cette décision vient surtout consacrer la cohérence d’une trajectoire de développement qui s’inscrit dans la durée. Les grandes réformes économiques et sociales engagées ces dernières années, combinées à une gestion macroéconomique prudente, semblent progressivement porter leurs fruits.
Dans un environnement mondial marqué par l’incertitude et les recompositions géoéconomiques, cette reconnaissance internationale constitue un signal important. Elle confirme que le Maroc poursuit son chemin vers le statut d’économie émergente pleinement consolidée, avec l’ambition d’intégrer l’ensemble de ses territoires et de ses citoyens dans une dynamique de croissance durable.

Comment fonctionne la notation souveraine ?
évaluations. Les agences de notation internationales comme Moody’s, Standard & Poor’s ou Fitch Ratings évaluent la capacité des États à honorer leur dette. Leur rôle consiste à apprécier le niveau de risque pour les investisseurs qui prêtent de l’argent à un pays, généralement à travers l’achat d’obligations souveraines sur les marchés financiers.
Pour établir leurs notations, les agences analysent plusieurs dimensions : la solidité de la croissance économique, la situation des finances publiques, le niveau et la trajectoire de la dette, la stabilité politique et institutionnelle, la crédibilité de la politique monétaire ainsi que la solidité du système financier. Les réserves de change, l’accès aux marchés internationaux ou encore la diversification de l’économie sont également des critères importants.
Les notes sont généralement classées sur une échelle allant des meilleures signatures, dites «Investment Grade», aux catégories plus risquées appelées « spéculatives ». Chez Moody’s, par exemple, la catégorie Investment Grade commence à partir de Baa3, tandis que la note Ba1 – celle du Maroc aujourd’hui – se situe juste en dessous de ce seuil.
Outre la note elle-même, les agences attribuent aussi une perspective (stable, positive ou négative). Celle-ci indique l’orientation probable de la note dans les 12 à 24 mois. Une perspective positive signifie que les conditions économiques et budgétaires évoluent dans un sens susceptible d’aboutir à une amélioration de la notation.
Ces évaluations sont très suivies par les investisseurs internationaux, car elles influencent directement les conditions de financement d’un pays sur les marchés. Une amélioration de la note ou de sa perspective peut ainsi se traduire par un coût d’emprunt plus faible et une attractivité accrue pour les capitaux internationaux.

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