Une table ronde pour éclairer les choix en matière de développement humain
Débat : Une table ronde s’est tenue le 17 février 2026 à Rabat pour débattre des changements démographiques et de leurs répercussions sur la société et l’économie. Organisée par l’Observatoire national du développement humain avec le soutien de l’UNFPA, la rencontre a mis l’accent sur les politiques de développement humain à mettre en œuvre face aux mutations démographiques en cours.
Le 17 février 2026 à Rabat, l’Observatoire national du développement humain (ONDH), en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la Population (UNFPA), a réuni experts, décideurs et acteurs institutionnels autour d’une table ronde consacrée aux transformations démographiques et à leurs implications socio-économiques. Placée sous le thème «Changements démographiques : réalités socio-économiques et politiques de développement humain», la rencontre s’est donné pour ambition d’analyser les effets de la transition démographique et d’identifier les réponses publiques adaptées.
Etat des lieux
Pour Othmane Gair, président de l’ONDH, le timing de cette rencontre est stratégique. Les résultats du Recensement général de la population et de l’habitat 2024 offrent, selon lui, « une lecture renouvelée des transformations profondes que connaît notre pays » et constituent « une boussole stratégique pour orienter les politiques publiques ». Selon lui, trois mutations majeures se dégagent de ces données. D’abord, l’accélération de la transition démographique. En trente ans, le taux de croissance de la population a été divisé par trois, passant de 2,6 % en 1994 à 0,85 % en 2024. La fécondité, désormais inférieure au seuil de remplacement des générations, rapproche la trajectoire du Maroc de celle de plusieurs pays développés. L’indice de fécondité est ainsi passé de 7,2 enfants par femme en 1960 à 1,97 en 2024, confirmant l’installation d’un régime de basse fécondité. Ensuite, la transformation de la structure par âge. Si près d’un tiers de la population demeure âgé de 15 à 35 ans, le vieillissement progresse rapidement. La part des jeunes recule légèrement, tandis que celle des personnes âgées augmente de manière significative. Cette dynamique, à la fois contrainte et opportunité, impose d’investir davantage dans le capital humain pour maximiser le dividende démographique. Enfin, les mutations familiales redessinent les mécanismes de solidarité. La taille moyenne des ménages diminue, les personnes vivant seules sont plus nombreuses et la proportion de ménages dirigés par des femmes progresse. Autant d’évolutions qui renforcent le rôle de l’État dans la protection sociale et la prise en charge des vulnérabilités.
Adapter les politiques de développement humain aux nouvelles réalités démographiques
Face à ces constats, la question centrale porte sur l’adaptation des politiques publiques. Dans le domaine de la santé, l’allongement de l’espérance de vie doit s’accompagner d’une amélioration de la qualité de vie. Le vieillissement s’accompagne en effet d’une hausse des maladies chroniques et des situations de dépendance. L’enjeu est de bâtir un système capable d’assurer non seulement la longévité, mais aussi l’autonomie et le bien-être. Sur le plan éducatif, la baisse relative de la pression démographique ouvre une « fenêtre historique » pour investir dans la qualité des apprentissages, renforcer les compétences et améliorer l’employabilité des jeunes. L’optimisation du dividende démographique dépendra directement de ces choix. Quant au niveau de vie et à la protection sociale, les transformations familiales appellent à repenser les mécanismes de solidarité afin de mieux protéger les populations vulnérables, notamment les femmes et les habitants du monde rural, tout en garantissant la soutenabilité financière des régimes sociaux dans un contexte de vieillissement. « Les transformations démographiques ne sont ni de simples tendances statistiques ni des phénomènes lointains. Elles sont déjà à l’œuvre et leurs effets se feront sentir sur tous les aspects de notre développement économique et social. Les anticiper, les comprendre et les intégrer dans nos politiques publiques constitue une responsabilité collective », affirme le président de l’ONDH.
Une fenêtre d’opportunité d’ici 2040
Pour Marielle Sander, représentante de l’UNFPA au Maroc, la baisse de la fécondité et le ralentissement de la croissance démographique ne sont « ni positifs ni négatifs en soi », mais exigent des politiques publiques claires et cohérentes. Le Maroc dispose encore d’une fenêtre d’opportunité démographique, qui s’étend jusqu’à l’horizon 2040, période durant laquelle la population en âge de travailler restera majoritaire. Ce potentiel constitue un levier de croissance et de développement humain, mais il n’est pas automatique. Chaque année sans action réduit la capacité à en tirer pleinement parti. Parmi les défis identifiés figurent le nombre de jeunes sans études ni formation, la faible participation économique des femmes et la persistance des inégalités territoriales. Dans ce sens, trois leviers sont essentiels, à savoir : investir dans la jeunesse et l’éducation de qualité, libérer le potentiel économique des femmes et renforcer l’investissement dans la santé tout au long du cycle de vie afin d’assurer une longévité active et un vieillissement digne. Pour elle, le Maroc a déjà engagé des réformes structurantes, notamment la généralisation de la protection sociale et l’investissement dans le capital humain. L’enjeu réside désormais, selon Mme Sander, dans la cohérence et la coordination de ces politiques autour d’une stratégie intégrée, capable de transformer la transition démographique en moteur de développement. S’exprimant à cette occasion, Fouzia Daoumi, experte en démographie et statistiques, a rappelé : «Alors que l’Afrique devrait connaître une croissance démographique rapide entre 2004 et 2040 et que l’Europe s’oriente vers une stagnation, voire un déclin démographique, le Maroc suit une trajectoire intermédiaire. C’est-à-dire, une croissance ralentie mais soutenue, estimée en moyenne à +230.000 habitants par an d’ici 2040 ».









