Pacte national pour la relance économique : Quel impact ?

Pacte national pour la relance économique : Quel impact ?

CDG Capital Insight analyse les risques inflationnistes et les défis budgétaires

«Le plan de relance marocain est un programme de grande envergure par rapport à la taille de son économie, qui repose pour une majeure partie sur un stimulus monétaire».

Le plan de relance aura peu d’impact sur l’inflation sur le court terme. Cependant, les déficits public et extérieur seront creusés davantage. Une réflexion faite par CDG Capital Insight dans sa dernière analyse sur les impacts macroéconomiques du Pacte national pour la relance économique et l’emploi de 120 milliards de dirhams. Une publication qui tend à analyser quels risques inflationnistes pourrait représenter ce dispositif de relance, les défis budgétaires à relever ainsi que les mécanismes de diffusion potentiels de la liquidité supplémentaire dans le tissu économique national. «Le plan de relance marocain est un programme de grande envergure par rapport à la taille de son économie, qui repose pour une majeure partie sur un stimulus monétaire», peut-on lire de l’analyse de CDG Capital Insight. Et d’ajouter que «le choix de recourir davantage au stimulus monétaire s’explique aussi bien par l’absence de risques inflationnistes, à court et moyen termes, que par l’absence de marge budgétaire confortable». Si les risques inflationnistes restent contenus sur le court terme, les experts estiment qu’ils pourraient se limiter à la formation potentielle de bulles inflationnistes sur certaines catégories d’actifs sur le moyen et le long terme.

Ce comportement dépend ainsi de deux facteurs. Le premier élément concerne la composition du panier qui reflète le mode de consommation de la population cible. Le deuxième facteur concerne la confrontation offre-demande et son évolution à moyen terme. Au moment où la vague inflationniste semble improbable actuellement, les analystes soulignent l’imminence de l’impact sur l’équilibre extérieur et celui des finances publiques. Plusieurs raisons sont à énumérer. Citons dans ce sens la forte dépendance du modèle économique aux importations énergétiques, d’équipement et de consommation ainsi que la situation budgétaire fortement déstabilisée par le recul important des recettes fiscales après le déclenchement de la pandémie. S’agissant de la mise en œuvre «efficace» de cette stratégie, CDG Capital Insight souligne qu’elle sera confrontée à la gestion de certains risques systémiques.

Il est évoqué dans ce sens le développement du secteur informel, la hausse de la circulation fiduciaire ayant enregistré une hausse très importante tout au long de l’année 2020. A cela s’ajoutent la hausse des importations et la pression qui en découlerait sur la réserve des changes nationales sans omettre la montée des créances en souffrance et son impact sur les bilans des banques. Les analyses indiquent par ailleurs que la transmission vers l’économie réelle devrait se faire dans un premier temps à travers le financement du besoin en fonds de roulement des entreprises, notamment celles sinistrées en ces temps de crise. La deuxième phase porte sur le soutien de la reprise de l’activité économique via la promotion de l’investissement privé et public. Rappelons que l’État a prévu dans le cadre du plan de relance d’injecter 120 milliards de dirhams dans l’économie nationale. Ce montant est réparti en deux segments. Ainsi, 75 milliards de de dirhams seront mobilisés sous format de crédits garantis par l’État au moment où 45 milliards de dirhams seront affectés au Fonds Mohammed VI pour l’investissement. L’engagement étant de financer les stratégies sectorielles et plans de développement régionaux ainsi que de relancer le secteur privé, notamment en termes de financement des fonds de roulement et d’investissement.

Défis systémiques : Les quatre risques à éviter

CDG Capital Insight a énuméré quatre risques systémiques qui pourraient menacer l’impact économique du plan de relance. On cite en premier la canalisation des fonds injectés du côté de la demande au détriment du soutien de l’investissement et de la production.
L’orientation des fonds vers l’investissement permettrait de développer la capacité de production et de création de richesse du pays, mesurée par le PIB potentiel. Cependant, dans la mesure où les fonds alimenteraient plus la demande, principalement à travers le financement du besoin en fonds de roulement et la consommation des ménages, cela pourrait alimenter une vague inflationniste à moyen terme», relève-t-on des analystes de la CDG Capital Insight.

Le deuxième risque relevé est la hausse du taux de pénétration des importations. Le scénario d’usage d’une part importante des fonds injectés pour l’achat des biens de l’étranger pourrait accentuer le déséquilibre de la balance commerciale et exercer une pression sur les réserves de change gérées par la banque centrale. De même, l’accroissement de l’économie informelle et du marché de change parallèle fait partie des risques à relever.

Ce facteur accentuerait la sortie de liquidité hors du circuit bancaire et affaiblirait le multiplicateur de crédit et par conséquent l’apport du programme sur le plan économique.
La montée de créances en souffrance est également un facteur de risque. Au vu de la difficulté de la conjoncture, les analystes anticipent une dégradation de remboursement des opérateurs économiques dans les secteurs touchés par la crise. Les prévisions formulées dans ce sens anticipent la poursuite de la hausse des créances en souffrance en 2021 dans le portefeuille de crédit détenu initialement par les banques. «Nous estimons à ce stade que la hausse des créances en souffrance depuis fin février 2020 pourrait coûter autour de 1 point de pourcentage aux banques en termes de ratio de solvabilité», lit-on de l’analyse de CDG Capital Insight.
Un impact qui sera probablement amené à s’exacerber. Sa sévérité sur le bilan des banques dépendra de plusieurs facteurs particulièrement de la proportion des créances garanties par la CDG.

Programme intégré d’appui et de financement des entreprises : Les avances de BAM limitées à 228 millions DH

S’agissant du programme intégré d’appui et de financement des entreprises (PIAFE), les analystes de CDG Capital Insight indiquent que l’encours des avances de Bank Al-Maghrib (BAM) reste limité à seulement 228 millions de dirhams (MDH) à fin novembre 2020. Ceci pourrait s’expliquer soit par la mauvaise conjoncture, qui tend probablement à réduire la demande des très petites, petites et moyennes entreprises (TPME) et jeunes entrepreneurs pour le lancement de nouveaux projets, soit par l’utilisation par les banques de stratégies de refinancement alternatives ainsi que d’autres lignes de BAM en vue de refinancer les crédits accordés dans le cadre de cette initiative.

La même source fait aussi remarquer que l’évolution des crédits accordés par le secteur bancaire, en glissement annuel, selon la ventilation par objet, dévoile une forte croissance des «facilités de trésorerie et comptes débiteurs», avec une moyenne de 11% enregistrée sur les 10 premiers mois de l’année 2020, contre une hausse limitée de ceux destinés à l’équipement de 5% et une stabilité pour la promotion immobilière. Notons que le CVE a décidé, récemment, de prolonger la date limite d’octroi des crédits Relance au 31 mars et d’assouplir davantage les termes et les conditions de garantie.

Un bilan d’étape des garanties Oxygène et Relance

Lors de leur dernière réunion, les membres du CVE ont exprimé leur satisfaction quant aux progrès accomplis au niveau des différents dispositifs de garantie mis en place dans le cadre de la lutte contre les effets de la crise, en l’occurrence les instruments Oxygène et Relance et ceux déployés en faveur des établissements et entreprises. A fin décembre 2020, 86.008 opérations de crédits ont été effectuées. Il est à rappeler qu’en début décembre, la Caisse centrale de garantie (CCG) a dressé un bilan exhaustif des crédits distribués dans le cadre des deux programmes de financements. Le montant global des engagements de la CCG dévoilé en date du 8 septembre s’est élevé à 19,7 milliards DH.

Ainsi, le produit Damane Relance, déployé en faveur des petites, moyennes et grandes entreprises réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 10 millions DH, a profité à 4.427 entreprises, pour un volume de crédits de près de 20 milliards de DH et des engagements de la CCG de 17,4 milliards DH. Pour sa part, le produit Relance TPE, destiné à garantir les prêts des TPE réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 10 millions DH, a bénéficié à pas moins de 10.756 entreprises, totalisant 2,4 milliards DH de crédits consentis, pour un volume d’engagement de 2,3 milliards DH. Ces mécanismes de garantie ont principalement profité au secteur de l’industrie (33%), suivi du secteur du commerce et de la distribution (31%), et du BTP (17%).

Mobilisation des 120 milliards DH du plan de relance : La lecture de CDG Capital Insight

Les analystes de CDG Capital Insight s’attendent à ce que le déploiement d’une enveloppe de 75 MMDH de crédits garantis par l’État, dans le cadre du plan national pour la relance économique, aboutirait très probablement à un refinancement des banques par Bank Al-Maghrib et ce, à travers un rebalancement des instruments de la politique monétaire pour le financement du déficit de liquidité du système bancaire qui se situe actuellement au-delà de 100 milliards de dirhams.

«En effet, Bank Al-Maghrib pourrait intensifier son recours aux lignes de refinancement des crédits accordés aux entreprises, notamment les prêts garantis et PIAFE, au détriment des instruments classiques, particulièrement les avances à 7 jours et les pensions livrées.

Ces financements s’orienteraient naturellement dans l’immédiat vers le financement des besoins en fonds de roulement plutôt que l’investissement, et une part importante risquerait d’accentuer la croissance de la circulation fiduciaire», peut-on lire de l’analyse de CDG Capital Insight. Notons que le deuxième axe du programme porte sur 45 milliards de dirhams qui sera affecté au Fonds Mohammed VI pour l’investissement, pour le financement des projets de partenariats public-privé (PPP) et le renforcement des capitaux des entreprises aux fins de leur développement.

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