Partenariat public-privé : Quels partenariats pour doper les infrastructures et les énergies durables en Afrique ?

Partenariat public-privé : Quels partenariats pour doper les infrastructures et les énergies durables en Afrique ?

C’est la thématique choisie dans le webinaire de la série organisé, le 16 juillet dernier, par les cabinets BDO (Maroc) et Global Mind Consulting basé (Dakar).

Le panel, tel que choisi, met en avant la coopération forte entre le Maroc et le Sénégal mais fait un clin d’œil aux autres pays d’Afrique avec qui le Maroc a intérêt à développer davantage de partenariat comme le Rwanda pour créer des synergies dans un secteur aussi stratégique
que les énergies.
Etaient conviés à débattre à cette conférence virtuelle, Aziz Rabbah, ministre de l’énergie, des mines et de l’environnement, Abdou Karim Fofana, ministre de l’urbanisme, du logement et de l’hygiène publique, Kossi Felix Amenounve, DG BRVM, Mouhamadou A Sall, architecte fondateur de Lamtoro Group, Moustapha Sow, CEO SF Capital, Thérèse Sekamana, CEO Led Solutions & Green Energy Rwanda. Seynabou Dia, CEO de Global Mind Consulting, a modéré l’événement. Quant à Zakaria Fahim, Managing Partner & Head of Advisory BDO, est intervenu sous sa casquette d’expert PME dans l’opportunité de les associer aux partenariats public-privé surtout en cette période à la fois de Covid-19 mais aussi de relance économique mondiale. Les faits marquants de cet événement soutenu également par les médias Aujourd’hui Le Maroc et La Vie Eco.

«La transformation qualitative de la ville à travers la construction de logements accessibles au Sénégal bute à cause d’absence de dialogue orienté comme jadis et ce, malgré le taux de croissance économique avant Covid-19 qui se situait entre 6 et 7%». Le ministre sénégalais de l’urbanisme, du logement et de l’hygiène publique citera cette problématique comme principal frein dans le processus de partenariat dans la construction de projets d’infrastructures. «Partant du fait que le niveau de construction de logements est porté par une forte démographie au Sénégal, il faut savoir parler pour que les bonnes décisions aboutissent. L’agriculture est importante mais la construction de logements est nécessaire. Face à la vétusté des bâtiments et des projets qui datent de 80 ans, les élus locaux doivent savoir discuter, négocier pour faire avancer les projets…».

Le ton est donné par le ministre sénégalais. La qualité des partenariats, notamment les PPP, dépend de la manière de les négocier avant toute chose. Le secteur privé au Sénégal est très présent dans les missions de service public comme les espaces commerciaux, les logements (ndlr: fonds à l’image du Fogarim au Maroc). Au-delà, la base de la stratégie en termes d’appels d’offres dans le pays voisin est que les commandes aillent, aussi, vers les entreprises nationales. Les grands projets comme la construction d’autoroutes qui nécessitent des financements importants sollicitent, cela dit, l’appui étranger qui s’effectue à travers des entreprises étrangères.

Et c’est compte tenu de la manne financière exigée que certaines commandes publiques sont prises en charge sous forme de consortium. «55% des commandes publiques sont réalisées par les entreprises sénégalaises. Maintenant le problème de financement se pose toujours», poursuit le ministre sénégalais.
Dans le domaine énergétique, Aziz Rabbah rappelle que «la conjoncture actuelle, au-delà des garanties imposées par le FMI avant octroi de prêts, fait que le Maroc est à l’aise pour choisir les partenaires adéquats dans le domaine énergétique». Et par rapport au partenariat public-privé, l’homme politique atteste qu’«un cadre attractif a été mis en place pour justement le développer». Et si la préférence nationale est légitime et mondiale, «la négociation d’un contenu local africain est tout à fait envisageable», selon le ministre marocain.
La valeur ajoutée dans le développement local est claire et renvoie directement à la création d’emplois, ce qui représente un enjeu réel. D’un autre côté, le Maroc, classé à la 53ème place du classement Doing Business, renvoie des signaux de confiance aux investisseurs et renforce donc ses capacités de négociation.

Le défi -ou peut-être la nouveauté- sera donc d’associer les PME dans le cadre des PPP pour les soutenir dans leur processus de relance économique surtout en pareil moment. «S’agissant de projets de proximité, associer les PME dans le cadre des partenariats public-privé serait opportun», déclare, à juste titre, Zakaria Fahim.
A cet appel, le ministre de l’énergie acquiescera sous la condition de bien choisir son partenaire… Mais sur la question des grandes infrastructures, il est clair que de tels projets nécessitent l’appui de grands consortiums pour voir le jour. «Dans les domaines des services, faire appel aux PME est possible mais dans le domaine des énergies, c’est difficile. On peut maintenant segmenter un projet et associer des PME dans le domaine de la production d’énergie solaire. Je suis convaincu que la construction des infrastructures peut être prise en charge par les PME si elles sont compétentes», précisera-t-il.
La question de financement demeure. Et c’est sans transition que Mouhamadou A Sall abordera la question en évoquant l’option de financement des capitaux, à travers d’autres instruments financiers comme les émissions obligataires au même titre que les autres continents et pays avancés. Le défi actuel réside dans l’utilisation des marchés financiers.
«Il faut développer l’épargne publique locale, à long terme, à travers les instruments modernes. Il s’agit de savoir comment utiliser les marchés financiers», explique l’expert en placements des valeurs mobilières sénégalais.
De son côté, Moustapha Sow rappellera que «le marché de liquidité n’est pas privilégié sur les territoires. Et le contexte actuel oblige toutes les Nations à repenser leurs sources de financements destinés à la construction de leurs infrastructures compte tenu des niveaux d’endettement atteints».

Clair et précis, le banquier sénégalais rappelle que la réglementation devra être revue justement pour favoriser ce partenariat public-privé. «Il n’y a pas beaucoup de pays en Afrique qui ont mis en place des lois par rapport aux PPP. Je pense qu’aujourd’hui, il est important de savoir comment régler cette problématique. En clair, il s’agit de forcer les Etats à impliquer le secteur privé dans la soumission des différents marchés publics tout en verrouillant les montages financiers.
Le témoignage de Thérèse Sekamana, CEO Led Solutions & Green Energy Rwanda, est édifiant à ce titre. «En tant qu’opérateur ayant évolué dans le domaine des énergies renouvelables depuis 25 ans, j’ai décidé de retourner au Rwanda pour y investir. A l’heure actuelle, la société s’est engagée dans la construction de deux centrales d’hydroélectricité au Rwanda. Le défi sera de repenser le financement et électrifier des zones enclavées», explique-t-elle.

Sur un autre registre, Mouhamadou A Sall Group rappelle que «dans le domaine des infrastructures, le politique ralentit bien souvent le processus. Une prise de conscience devra se faire pour placer le Sénégalais au centre des préoccupations lors des prises de décision en matière de logements car l’offre devra répondre à son besoin». Bref, le débat aura mis en exergue l’importance d’intégrer la PME dans les grands projets à travers des consortiums ou de clusters (cas d’OCP…). Au-delà, le partenariat PPP rappelle la stratégie de développer davantage la coopération Sud-Sud quand les opportunités sont réelles. Mais il s’agira de garder en tête que le développement des entreprises locales dans le cadre des PPP ne pourra se faire que lorsque le cadre légal sera mis en place. Et c’est en cours. Les enjeux sont énormes surtout à l’heure de la Covid-19. A suivre…

Quel partenariat : le Maroc adopte-t-il dans le domaine de l’hydrogène ?

Dans le cadre du développement de la coopération bilatérale en matière d’énergie, une convention a été signée entre le Maroc et l’Allemagne pour développer le secteur de l’hydrogène vert. La mise en place de projets de recherche et d’investissement a été actionnée dans l’utilisation de cette matière, source d’énergie écologique. Deux projets ont été déjà annoncés dans le cadre de cette coopération, à savoir le projet Power-to-X, destiné à la production de l’hydrogène vert proposé par Masen et celui lié à la mise en place d’une plateforme de recherches sur Power-to-X, dédié au transfert de connaissances et au renforcement des compétences en partenariat avec l’Iresen.

Une commission nationale d’hydrogène a été créée dans cette optique pour assurer l’indépendance énergétique du pays et réduire les émissions à effets de serre. Cette commission dirigera et suivra la réalisation des études sur l’hydrogène. L’examen de la mise en oeuvre de la feuille de route de production de l’hydrogène et ses dérivés à base d’énergies renouvelables fait également partie de son cahier des charges. Présidée par le ministère de l’énergie, des mines et de l’environnement, la commission sera composée de plusieurs membres représentant des entités du domaine énergétique comme l’ONEE, l’ONHYM, OCP, l’Iresen, l’Ecole nationale supérieure des mines de Rabat. Une commission scientifique a été créée, également, pour veiller aux orientations stratégiques de la production de l’hydrogène et ses dérivés. L’identification de projets pilotes liés à la production de l’hydrogène fait partie de ses prérogatives.

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