Post-confinement : La machine repart doucement… mais sûrement

Post-confinement : La machine repart doucement… mais sûrement

Le HCP s’enquiert du niveau de reprise d’activité des entreprises

Activités, emploi, investissement, financement, contraintes et adaptation. Ce sont là les principaux axes de l’enquête du Haut-commissariat au Plan relative à l’impact de la crise sanitaire sur les entreprises. Cette deuxième enquête intervient dans un contexte de reprise graduelle de l’activité économique au Maroc après près de trois mois de confinement. Ce diagnostic vise en effet à évaluer le niveau de reprise, à appréhender les contraintes et à relever les mesures d’adaptations engagées dans ce contexte post-confinement. «Il s’agit de décrire à travers ces résultats les difficultés des entreprises dans leur quête de reprise d’activité après le coup d’arrêt causé pour une grande partie d’entre elles par le confinement», explique le HCP. Cette enquête a été réalisée, du 3 au 15 juillet, auprès de 4.400 entreprises organisées représentant l’ensemble des unités opérant dans les secteurs de l’industrie manufacturière, de la construction, de l’énergie, des mines, de la pêche, du commerce et des services marchands non financiers. Focus sur les principales conclusions.

Confinement : 4 entreprises sur 5 étaient en arrêt d’activité

La période du confinement a été marquée par un arrêt quasi total de l’activité économique. Rares sont les secteurs ayant maintenu leur rythme de production durant cette phase. Un constat également confirmé par le HCP dans sa récente étude. Il ressort que plus de 4 entreprises sur 5 ont été contraintes d’arrêter leurs activités aux premiers mois du déclenchement de la crise sanitaire au Maroc. «Pendant la période du confinement, près de 83,4% de l’ensemble des entreprises organisées ont déclaré avoir arrêté leurs activités. 52,4% ont réduit partiellement leur activité, 29,6% de manière totale mais temporaire alors que 1,3% ont déclaré avoir cessé leurs activités de manière définitive», relève-t-on du HCP. Les très petites entreprises sont les plus concernées par l’arrêt d’activité au moment où les entreprises exportatrices étaient en arrêt partiel. «Par catégorie d’entreprises, cette proportion a atteint près de 86% chez les TPE, 79% pour les PME et 57% chez les grandes entreprises. Les trois quarts des entreprises exportatrices, quant à elles, ont arrêté partiellement ou totalement leurs activités pendant le confinement», déduit-on de l’enquête. Par secteur d’activité, il ressort de cette enquête que les principaux secteurs les plus touchés par cette crise sont l’hébergement et la restauration avec 98% d’entreprises à l’arrêt, les industries textiles et cuir et les industries métalliques et mécaniques avec 99% et 91%, respectivement, ainsi que le secteur de la construction avec 93%.

Reprise : 32,4% des entités retrouvent leur rythme normal

Quelques semaines après la reprise, près d’un tiers des entreprises ont repris normalement. Ce constat a été confirmé par 84,6% des entreprises ayant participé à l’enquête du HCP. De ces répondants, 32,4% estiment avoir retrouvé le rythme normal, 52,2% l’ont fait de manière partielle au moment où 15,4% sont toujours à l’arrêt. Le retour à la normale a été observé en grande partie chez les grandes entreprises (40%), suivies des PME (35%) et TPE (31%). S’agissant des entreprises exportatrices, le HCP indique que les deux tiers de ces sociétés ont repris leurs activités dont 18,6% normalement. La répartition par branche démontre que 45% des entreprises dans les industries chimiques et parachimiques ont pu reprendre leur activité normale, 42% dans les industries du textile et du cuir et 47% dans le commerce. Cette proportion est de 18% pour l’hébergement et la restauration. Il ressort par ailleurs que plus de la moitié des entreprises en cours de reprise atteindraient leur niveau normal d’activité avant la fin de l’année. Pour celles qui n’ont toujours pas repris la cadences, 57% d’entre elles se fixent un délai de 6 mois pour se mettre sur pied au moment où 44% autres estiment que cela leur prendrait au moins une année. «Les entreprises industrielles estiment pour 2/3 d’entre elles pouvoir retrouver leur rythme normal dans un délai ne dépassant pas 6 mois alors qu’au niveau du secteur des services, cette proportion est de 55%», explique le HCP.

Financement : 45% des sociétés endettées

La crise sanitaire est également venue chambouler les programmes d’investissements au titre de l’année 2020. Selon 67% des chefs d’entreprises, ces investissements ne seront pas réalisés en totalité cette année. «En particulier, 29% des entreprises prévoient un report, 17% une annulation et 21% une réduction. Par catégorie d’entreprises, cette proportion atteint 71% chez les TPE, 60% chez les PME et 50% chez les grandes entreprises», relève-t-on à cet effet. Le HCP note par ailleurs que 83% des entreprises qui œuvrent dans les industries électriques et électroniques ainsi que dans l’hébergement et restauration déclarent surseoir ou réduire les investissements. Même décision prise par les entités opérant dans les branches du transport et entreposage (75%), et la construction (68%). L’enquête fait également ressortir que près de la moitié des entreprises estiment ne pas être suffisamment capitalisées pour reprendre leurs activités. Un constat fait par 50% des TPE, 48% des PME et 33% des grandes entreprises. Interrogées sur leur niveau d’endettement, 45% des entreprises interrogées confirment être en cette situation. Il ressort qu’une grande entreprise sur 2 est endettée dont 20% fortement endettées. Pour ce qui est du remboursement de la dette, le HCP souligne également dans son enquête qu’un peu plus de la moitié des entreprises ne pourront l’entamer qu’après un an au moins. De même, 45% des entreprises comptent recourir à un financement externe. «Pour ce financement, 39% des entreprises comptent se financer par crédit auprès du même partenaire bancaire (50% des GE, 43% des PME et 37% des TPE). 4% des entreprises comptent recourir à un nouveau partenaire bancaire et 3,5% choisissent d’autres établissements financiers. L’émission d’obligations et le marché boursier viennent en dernière position avec respectivement 1% et moins de 1% », relève-t-on dans ce sens.

Près de 10% des entreprises ont procédé au licenciement

L’emploi a encaissé un coup dur durant le confinement. Plusieurs entreprises ont procédé à la suppression des postes. Pour le cas des entités interrogées par le HCP, 10% d’entre elles ont procédé à des licenciements. «Pendant la période du confinement, 49,8% des entreprises organisées ont réduit temporairement leurs effectifs employés et 9,6% d’entre elles l’ont fait de manière définitive», lit-on de l’enquête.
Et de préciser que «la proportion des grandes entreprises qui ont réduit leurs effectifs est de 53%. Cette proportion atteint 62% chez les PME et 58% chez les TPE». Se référant à l’enquête, la réduction des effectifs s’est faite dans le secteur de la construction (73%), dans l’industrie (67%) et dans les services (56%). Quant aux branches d’activités, 85% des entreprises des industries du textile et du cuir ainsi que 82% de celles des industries électriques et électroniques ont réduit leurs effectifs pendant la crise.

Récupération d’emploi : Les profils non qualifiés écartés

La reprise a, en effet, favorisé la récupération de l’emploi. Sur l’ensemble des entreprises interrogées, 44% ont repris l’ensemble de leurs effectifs depuis la levée du confinement. «Cette proportion est quasiment la même par catégorie d’entreprises. Par branche d’activité, cette proportion atteint 64% dans les industries chimiques et parachimiques, 56% dans les industries du textile et 41% dans les industries métalliques et mécaniques alors qu’un tiers des entreprises de l’hébergement et restauration auraient récupéré totalement leurs employés», lit-on dans ce sens.
Le HCP indique par ailleurs que les effectifs non qualifiés ont fait les frais de cette crise sanitaire. Plus de la moitié des entreprises ont renoncé à ce genre de profil. Une proportion qui est plus marquée dans les secteurs de la construction (74%) et de l’industrie (67%).

Les incitations fiscales à la rescousse de l’emploi

«La récupération des emplois perdus suite à la crise, selon les entreprises, nécessite la mise en place d’un ensemble d’actions d’accompagnement», c’est ce que confirment les chefs d’entreprises participant à l’enquête du HCP. Ainsi, 71% des chefs d’entreprises souhaiteraient la réduction des charges fiscales au moment où 64% réclament la suspension des cotisations sociales et leur prise en charge par l’État. D’après 61% des répondants, la récupération de l’emploi reprendrait son cours normal d’ici la fin de l’année. Toutefois, 38% des entreprises opérant dans la construction ne s’attendent pas à une reprise du niveau normal de l’emploi avant cette année. Un avis partagé par les entreprises industrielles (34%) et celles qui opèrent dans le commerce (41%).

Le digital, la clé de l’adaptation

Les entreprises marocaines sont conscientes de l’importance de l’outil digital en cette phase transitoire. Plus de 41% des entreprises confient que le recours aux nouvelles technologies digitales est le meilleur moyen pour s’adapter à la crise sanitaire. Un choix fait particulièrement par les grandes entreprises. «La crise sanitaire a conduit les entreprises à repenser totalement leur mode d’organisation. 28% des entreprises ont déclaré que le confinement les a poussées à adopter une flexibilité des modalités de travail (télétravail, travail en alternance…)», explique le HCP dans son enquête. Et de poursuivre qu’«un quart des entreprises a développé un mode de gestion commercial via les outils de télécommunication à distance». L’enquête démontre qu’une entreprise sur cinq s’est engagée dans un processus de digitalisation comme mesure alternative pour s’adapter au contexte de la crise sanitaire. De même, un quart des entreprises a par ailleurs opté pour la diversification de ses produits et services proposés sur le marché. «Pour se préparer à des climats économiques complexes, la transformation digitale est la solution la plus envisagée selon 20% des entreprises. Cette proportion s’élève à 47% chez les GE et presque 20% chez les TPE et les PME», apprend-on à cet effet. Par branche d’activité, 37% des entreprises dans le secteur des industries électriques et électroniques privilégient la digitalisation comme mesure stratégique pour s’adapter à la crise sanitaire, 34% dans le secteur activités immobilières et 23% dans les industries chimiques et parachimiques.

Ce qu’appréhendent les chefs d’entreprises

Le recul de la demande et la crainte de retour au confinement sont des freins à la reprise normale de l’activité pour une majorité d’entreprises. C’est ce que déduit le HCP de son enquête. Interrogées sur les contraintes rencontrées après le confinement, 76,6% des entreprises relèvent la baisse de la demande locale. De même, 71% des entreprises appréhendent le retour au confinement au moment où 62,3% soulèvent les difficultés financières. Par catégorie d’entreprise, la moitié des TPE a déclaré que les mesures restrictives mises en place par les autorités administratives afin de limiter la propagation de la Covid19 constituent une entrave à une reprise normale de l’activité de l’entreprise. Ce taux atteint 45% pour les PME et près de 36% chez les GE.

Quid des mesures sanitaires ?

La reprise d’activité en ce contexte sanitaire est tributaire également de la mise en place d’équipement approprié de protection contre la Covid19. «77,4% des entreprises déclarent que la situation actuelle de leurs équipements permet de protéger parfaitement les employés contre la Covid19, 16,4% parmi elles déclarent que la protection n’est que partielle contre 6,2% qui affirment que les équipements de leurs entreprises ne garantissent aucune protection», souligne-t-on.
Le HCP indique par ailleurs que les équipements de la majorité des grandes entreprises (87%) garantissent une protection parfaite des employés contre la Covid19 tandis que 7% des TPE manquent totalement d’équipements de protection contre la pandémie.

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