Pour un développement industriel inclusif et durable

Pour un développement industriel inclusif et durable

Il y a presque 40 ans, les pays du monde se sont réunis, dans un contexte de crise internationale, à Lima (Pérou) lors de la deuxième Conférence générale de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) où ils ont adopté la Déclaration de Lima et le Plan d’action sur le développement et la coopération industriels le mois de mars de 1975. Un an plus tôt, l’assemblée générale des Nations Unies avait adopté deux résolutions concernant la Déclaration et le Programme d’action sur l’instauration d’un nouvel ordre économique international qui appelait, entre autres, à soutenir l’industrialisation des pays en voie de développement.

La Déclaration de Lima de 1975 soulignait le rôle essentiel de l’industrie en tant que moteur de croissance pour assurer le développement économique et social des pays en voie de développement. De plus, compte tenu de l’importance attachée à l’industrialisation, les pays participants ont fixé l’objectif quantitatif à atteindre pour les pays en voie de développement à 25% de la production manufacturière mondiale avant l’année 2000 et cela en assurant une distribution adéquate entre ces pays. La Déclaration de 1975 soulignait également l’importance de développer les ressources humaines nécessaires pour accompagner ce processus d’industrialisation qui devrait avoir lieu d’une façon inclusive, notamment en intégrant les femmes et en respectant l’environnement.

Mais est-ce que l’objectif de la Déclaration de Lima de 1975 a été atteint ? En l’année 2000, l’activité industrielle continuait à être concentrée dans les pays industrialisés malgré le fait que les pays en voie de développement représentaient plus de 24% de la valeur ajoutée manufacturière (VAM) mondiale -par rapport à 14% en 1980. Il faut souligner qu’en termes d’intensité industrielle –mesurée par la VAM per capita- l’écart entre les pays industrialisés et ceux en voie de développement restait significatif en 2000. De plus, un nombre très limité des pays en voie de développement situés en Asie de l’est (Chine, République de Corée, Indonésie, Thaïlande, Malaisie et Singapore) principalement et en Amérique latine (Brésil, Mexique et Argentine) accaparait en l’année 2000 la vaste majorité de la valeur ajoutée manufacturière des pays en développement. La Chine représentait à elle seule plus de 29% de la VAM des pays en voie de développement et l’Asie de l’est dans son ensemble 54%.

Le secteur industriel aujourd’hui

Comment a évolué le secteur industriel depuis l’année 2000 ? Les pays en voie d’industrialisation ont continué à accroître leur participation dans la valeur ajoutée manufacturière mondiale grâce au phénomène du transfert progressif de la production industrielle des pays industrialisés à ceux en voie d’industrialisation pour répondre aux besoins des marchés grandissants de ces derniers et bénéficier de leurs avantages tels qu’une main-d’œuvre moins coûteuse. Ainsi en 2012, les pays en voie d’industrialisation représentaient 35% de la VAM mondiale. Cette dernière a atteint 8,9 milliards de dollars américains en 2012. Cependant, des variations très significatives se sont produites. Ainsi, la Chine représentait 17,5% de la valeur ajoutée manufacturière mondiale en 2012. Parmi les pays en voie d’industrialisation, il faut souligner le progrès affiché par l’Asie de l’est et le Pacific qui représentaient 58% de la VAM des pays en voie d’industrialisation en 2012 et l’Asie du sud et centrale avec 9% de la VAM de ce groupe des pays tandis que l’Amérique latine et le Caraïbe ainsi que les pays en voie d’industrialisation de l’Europe ont vu leur contribution se réduire. Il y a eu donc une concentration importante de la production manufacturière. En effet, les cinq pays en voie d’industrialisation les plus importants, c’est-à-dire la Chine, l’Inde, le Mexique, le Brésil et la Turquie ont atteint 71% de la valeur ajoutée manufacturière de ce groupe des pays.

L’activité industrielle mondiale est donc aujourd’hui concentré, d’un côté, dans les pays industrialisés qui ont retenu les activités les plus complexes et les plus rémunératrices des procédés industriels et, d’un autre côté, dans un certain nombre des pays en voie d’industrialisation qui ont réussi à attirer une partie significative de l’activité industrielle mondiale. Les autres régions et pays du monde n’ont pas réussi à effectuer la transformation structurelle de leurs économies grâce à l’industrialisation et restent, souvent, dépendants des fluctuations importantes des cours des matières premières.
L’histoire économique récente montre que l’industrie, et plus particulièrement le secteur manufacturier a joué un rôle primordial dans la presque totalité des pays qui ont réussi à achever une croissance économique significative, rapide et soutenue. L’intérêt pour le secteur manufacturier s’explique, entre autres, par son rôle directeur dans la création et la dissémination de technologie et de l’innovation et d’augmentation de la productivité, son fort potentiel de création d’emplois à forte valeur ajoutée, ses effets et liens étroits avec les autres secteurs de l’économie et son rôle en tant que locomotive du commerce. La récente crise financière a confirmé que les pays avec une base industrielle plus forte ont montré une résilience plus importante.
Pour toutes ces raisons, on assiste, aujourd’hui, à un intérêt rénové à la fois dans les pays industrialisés et dans les pays en voie d’industrialisation concernant le rôle du secteur manufacturier dans leurs économies.

Pour un développement industriel inclusif et durable

L’agenda de développement post-2015 va aider la communauté internationale dans la définition des Objectifs de développement durable (ODD) qui remplaceront les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Dans ce contexte, les pays du monde entier se sont à nouveau retrouvés à Lima en décembre 2013 lors de la quinzième Conférence générale de l’ONUDI et les Etats membres de notre organisation ont adopté la Déclaration de Lima 2013, une déclaration historique qui présente les priorités de l’ONUDI pour les prochaines années tout en plaçant le développement industriel inclusif et durable au cœur de la nouvelle approche qui est structurée autour de trois domaines thématiques, notamment le développement des capacités productives et des capacités commerciales, la production durable et l’efficacité énergétique industrielle.
Le directeur général de l’ONUDI, M. LI Yong, a évoqué l’importance des contributions que la nouvelle vision du développement industriel inclusif et durable aura pour garantir un avenir plus prospère aux pays en voie de développement.  
La deuxième Déclaration de Lima souligne le rôle du développement industriel inclusif et durable pour garantir une croissance économique soutenue et invite à considérer l’importance de ce sujet dans le cadre de la préparation de l’agenda de développement post-2015.
L’approche de développement industriel inclusif et durable de l’ONUDI est au cœur du Plan d’accélération industrielle 2014-2020 du Royaume du Maroc qui vise à transformer le secteur industriel marocain en tant que levier principal de croissance nationale.
L’ONUDI vise avec sa nouvelle approche à atteindre un développement industriel inclusif et durable qui contribuera à assurer à ce que :

• Chaque pays accroisse son niveau d’industrialisation et bénéficie de l’internationalisation des marchés de produits et services industriels.

• Chaque personne profite de la croissance industrielle et les femmes et les hommes de tous les pays partagent la prospérité générée.

• La croissance économique et sociale ait une base plus large soutenue par un cadre environnemental durable.

• Tous les acteurs du développement combinent les connaissances et les ressources pour ainsi maximiser l’impact du développement industriel inclusif et durable.
La nouvelle vision de l’ONUDI constitue le pilier sur lequel l’organisation continuera à contribuer au développement et à la prospérité dans le cadre de l’agenda du développement à long terme au-delà de 2015.
 

Par Jaime Moll de Alba

Représentant résident de l’Organisation des Nations Unies pour le développement
industriel au Royaume du Maroc

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *