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Pour une gouvernance moderne : L’Inspection générale des finances trace la voie vers un audit augmenté

© D.R

Selon Nadia Fettah, l’intelligence artificielle (IA) constitue un levier majeur permettant à l’audit interne public de réinventer ses pratiques, ses outils et sa posture.

Audit public : La commémoration du 65ème anniversaire de l’Inspection générale des finances a été une occasion pour engager la réflexion autour d’une gouvernance moderne, fondée sur un audit augmenté, transparent capable de relever les défis technologiques et sociétaux.

A la croisée de la tradition et de l’innovation, l’Inspection générale des finances (IGF) a célébré vendredi son 65ème anniversaire. Une occasion pour mettre en lumière l’itinéraire historique de cette institution ainsi que de son rôle dans la gouvernance financière publique au Maroc. Pour marquer cette célébration, un symposium international a eu lieu le même jour où experts, décideurs et praticiens ont engagé la réflexion sur l’avenir de l’audit interne public à l’ère de l’intelligence artificielle. Un événement qui s’inscrit dans un cadre qui illustre l’urgence et l’importance d’une réflexion collective sur le sujet. Intervenant dans ce sens, Nadia Fettah, ministre de l’économie et des finances, a indiqué que «l’intelligence artificielle (IA) constitue un levier majeur permettant à l’audit interne public de réinventer ses pratiques, ses outils et sa posture dans un secteur public en pleine numérisation et de plus en plus interconnecté. Et de préciser que «l’intelligence artificielle permet une montée en puissance de l’audit augmenté. Un audit dans lequel l’intelligence humaine collabore étroitement avec les systèmes algorithmiques capables d’analyser en temps réel des masses considérables de données, de repérer des anomalies, d’identifier des dangerosités et de suggérer des scénarios d’action».

Nadia Fettah trace les contours d’un audit public intelligent

Se référant à la ministre, ce changement de paradigme redéfinit le rôle de l’auditeur public. «Il est question, en plus de contrôler le passé, de questionner les moyens, de veiller à la qualité et à l’intégrité des données, et de s’assurer de la robustesse des systèmes automatisés sur lesquels repose désormais une partie des décisions publiques» , a-t-elle souligné. Et de poursuivre que  «cette évolution n’est pas exempte de défis». Nadia Fettah a cité à cet égard le dépassement des biais algorithmiques, l’intégrité et la confidentialité des données, la montée en compétence des auditeurs et l’alignement constant des cadres normatifs et juridiques. Pour la ministre, «la réussite de cette mutation ne dépend pas uniquement de la technologie, mais repose aussi fondamentalement sur la capacité à tisser des partenariats solides, avec le secteur privé, les milieux académiques, les partenaires techniques internationaux, ainsi qu’avec la société civile, dont l’exigence de transparence et de performance ne cesse de croître» . Et de rappeler que «le Maroc a engagé une dynamique ambitieuse d’intégration de l’IA au cœur du système de gestion publique. Cette orientation stratégique s’inspire des meilleures pratiques à l’échelle internationale, tout en restant profondément ancrée dans nos priorités nationales» . Se référant à la ministre de l’économie et des finances, cette orientation répond à une ambition claire, celle de refonder notre gouvernance publique sur des bases plus modernes, plus performantes et plus réactives. Il s’agit, en effet, de mieux servir les citoyens, d’accroître la performance de l’administration et de préparer l’État à relever les défis de demain», a-t-elle détaillé.

Création du CIGFA, une plateforme de réflexion voit le jour

Pour sa part, l’Inspecteur général des Finances, Mohamed Manchoud, a également mis l’accent sur l’importance d’une gouvernance augmentée par l’intelligence artificielle (IA), connectée et solidaire dans le domaine de l’audit interne public. Le responsable a appelé dans ce sens à une gouvernance de l’intelligence artificielle «efficace et juste», fondée sur la coopération internationale. En effet, l’intégration de l’intelligence artificielle dans les processus d’audit interne représente une étape essentielle pour moderniser les institutions publiques et renforcer leur efficacité. Les Inspections générales des finances africaines, en tant qu’institutions clés dans les dispositifs nationaux de contrôle et d’audit, jouent un rôle central dans les dynamiques de modernisation. Fortes d’une expertise reconnue localement, et résolument tournée vers la gouvernance, elles sont un acteur incontournable dans la réflexion stratégique sur l’avenir de l’audit interne, et certaines se sont déjà engagées à intégrer les technologies émergentes, notamment l’IA, dans leurs pratiques. En renforçant leur partenariat aux niveaux continental et international, elles démontreront leur capacité à anticiper les transformations technologiques et à promouvoir une gouvernance publique axée sur la performance et la responsabilité. À cette occasion, M. Manchoud a annoncé la création du Cercle des Inspections générales des finances africaines (CIGFA), une plateforme de réflexion commune en matière de contrôle, d’audit et d’appui aux politiques publiques, destinée à renforcer la pertinence, la réactivité et l’impact des institutions africaines.

La vision de la Banque mondiale pour un audit intelligent

Pour sa part, Anke D’Angelo, vice-présidente et auditrice générale de la Banque mondiale (BM),a mis en avant la relation de confiance historique entre la Banque mondiale et l’IGF marocaine, entamée en 1984. Une confiance qui, selon la responsable, repose sur la qualité constante du travail de l’IGF, son intégrité et son esprit de coopération, des valeurs jugées fondamentales pour la fiabilité des systèmes de gouvernance financière. Mme D’Angelo a également indiqué que l’intelligence artificielle, loin d’annuler la fonction de l’audit, offre des opportunités majeures pour l’élargir et l’approfondir. Parallèlement, elle a reconnu les craintes légitimes liées à la sécurité des données et aux biais algorithmiques, tout en insistant sur la nécessité de penser l’IA comme un outil d’automatisation intelligente, capable d’améliorer l’analyse des données, d’optimiser la couverture des risques et d’offrir des capacités prospectives accrues. Relevant l’importance de cadres réglementaires éthiques et transparents, ainsi que le rôle crucial des audits publics dans la maîtrise des mutations technologiques, Mme D’Angelo a appelé à un investissement continu dans la formation des auditeurs, le développement des compétences numériques et la coopération internationale, notamment à travers l’initiative  «Assurance for Development» (A4DI), lancée en 2023 par la Banque mondiale.

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