Selon Nadia fettah, il est temps pour l’Afrique de se doter d’un agenda collectif, un véritable contrat de transformation.
Industrie financière : L’organisation de l’Africa Financial Summit (AFIS), pour la deuxième année consécutive à Casablanca, illustre la place centrale du Maroc dans le développement du potentiel financier africain. Un positionnement qui allie innovation, stabilité et vision panafricaine.
Une feuille de route ambitieuse se trace à Casablanca en vue de transformer le potentiel africain en un véritable moteur de prospérité. Cette nouvelle vision se veut le fruit d’échanges et de débats ayant orchestré la 5ème édition de l’Africa Financial Summit ( AFIS) dont les travaux ont démarré, lundi 3 novembre, à Casablanca. Un événement de deux jours, organisé par Jeune Afrique Media Group, où des décideurs de différents horizons africains sont venus discuter des moyens potentiels pour libérer la puissance financière de l’Afrique.
Le moment étant de mobiliser à grande échelle les capitaux nationaux. Une synergie qui permettra au continent d’atteindre une indépendance financière bâtie sur l’épargne, les talents et les institutions de l’Afrique. «L’Afrique ne manque pas de capital. Ce qui nous manque, c’est une régulation ambitieuse qui garantit la confiance et facilite la circulation de ce capital pour faire en sorte que l’argent africain travaille pour la croissance africaine. AFIS a été créé pour favoriser le développement de cette nouvelle architecture, celle d’une Afrique capable de financer ses propres ambitions», assure dans ce sens Amir Ben Yahmed, président de l’Africa Financial Summet et CEO de Jeunes Afrique Media Group, lors de la cérémonie d’ouverture de l’événement.
Le Maroc en chef de file….
Grâce à sa capacité à mobiliser les institutions publiques et privées autour de projets structurants et par son engagement en faveur de la solidarité africaine, le Maroc jouerait un rôle déterminant dans cette dynamique qui se tisse. Les grands chantiers entrepris et les réformes engagées au cours des deux dernières décennies ont permis au Royaume d’asseoir son positionnement sur le plan continental et d’en faire un modèle africain de développement.
«Cette réussite se reflète dans le secteur financier marocain qui montre chaque jour son dynamisme et ses capacités d’innovation. Elle se traduit également par le nombre de ses acteurs dans le top 20 continental, la capacité de son secteur privé national à se substituer aux acteurs internationaux, les performances record en levée de fonds sur ses marchés de capitaux, en dettes ou en Equity, le lancement de son marché à terme, ou encore par la remarquable stabilité du dirham», rappelle M. Ben Yahmed. Et de préciser : «Il y a une nouvelle étape que le Maroc, un des champions de l’industrie financière africaine, peut franchir, celle de favoriser la co-construction : co-construire un véritable capitalisme financier africain où actionnaires marocains, Nigérians, kenyans, ivoiriens, camerounais ou sud-africains investiraient ensemble pour faire émerger cette nouvelle Afrique des services financier. Une Afrique plus collective et plus puissante ». Un appel partagé par Nadia Fettah, ministre de l’économie et des finances, qui dans son allocution a souligné l’impératif de mobiliser toutes les parties prenantes pour bâtir une souveraineté financières africaine par l’action, la cohérence et la confiance. «Il est temps pour l’Afrique de se doter d’un agenda collectif, un véritable contrat de transformation», indique Nadia Fettah. La ministre énumère en premier l’agenda de mobilisation. L’ambition étant d’orienter les fonds de pension, l’épargne domestique et les capitaux institutionnels vers les investissements productifs. «Aujourd’hui, moins de 3 % des actifs des fonds africains sont investis dans les infrastructures», rappelle la ministre. Nadia Fettah évoque également l’agenda d’intégration en vue de permettre la convergence des marchés des capitaux africains et des systèmes de paiement. Le troisième agenda est celui de la durabilité.
Une orientation qui vise à ancrer la finance africaine dans la transition écologique et la justice sociale. « Ces trois dynamiques , mobiliser, intégrer, durer, forment la feuille de route de notre souveraineté. Et c’est précisément ce que l’AFIS incarne : une plateforme de dialogue, d’innovation et de convergence où se dessine, pas à pas, le visage d’une Afrique qui investit en elle-même, croit en elle-même et se finance par elle-même ». Pour mettre en marche cette dynamique, l’Afrique est appelée à lever trois enjeux majeurs. Nadia Fettah relève dans ce sens la confiance, l’interopérabilité et l’audace. Pour la ministre, il est essentiel de rétablir la confiance entre États, régulateurs et investisseurs en mettant en place des règles lisibles, des marchés profonds et une gouvernance stable.
L’heure étant également de connecter les systèmes ainsi que d’harmoniser les régulations pour fluidifier les capitaux. Il est également question de concevoir des outils africains pour l’Afrique, en l’occurrence les fonds d’infrastructures, les obligations vertes et les titrisations régionales.
Les priorités stratégiques de l’Afrique de demain
Du côté de la Société financière internationale, la mobilisation de toutes les ressources (épargne africaine, marchés régionaux, investissements stratégiques internationaux) est la clé d’une croissance durable, portée par les Africains eux-mêmes. «Plus de 300 millions de jeunes Africains arriveront sur le marché du travail dans la prochaine décennie. Créer des emplois, mobiliser l’épargne locale et attirer les capitaux internationaux ne sont pas seulement des impératifs économiques ; ce sont des besoins sociaux pressants», indique Makhtar Diop, directeur général de la Société financière internationale (IFC). Et de préciser que «le Groupe de la Banque mondiale structure son action autour d’un cap clair : faire de la création d’emplois la boussole de toutes nos initiatives. Pour relever le défi, nous concentrons nos efforts sur trois piliers : investir dans les infrastructures et le capital humain, réformer les cadres réglementaires pour favoriser l’entrepreneuriat et Mobiliser le secteur privé à grande échelle.
Des secteurs porteurs tels que l’agro-industrie, l’énergie, la santé, le tourisme et l’industrie manufacturière sont au cœur de cette stratégie, avec un appui renforcé aux PME et aux champions nationaux pour faire émerger des chaînes de valeur locales compétitives». Ces piliers s’inscrivent pleinement au cœur des priorités stratégiques définies pour cette 5ème édition de l’AFIS. Il s’agit en effet de libérer le capital institutionnel en harmonisant les cadres réglementaires et en développant des instruments financiers adaptés aux besoins et profils de risque locaux. Il est également question d’améliorer la préparation et la structuration des projets afin de permettre aux institutions africaines de financer davantage de projets transformateurs.
L’ambition étant également de mettre à profit l’innovation technologique pour développer des solutions financières favorisant la création d’emplois, le financement des PME, les infrastructures, l’agriculture, l’énergie et l’industrialisation. Parmi les priorités figure entre autres la mobilisation du capital privé à grande échelle grâce à des opportunités d’investissement ciblées et des véhicules d’investissement adaptés aux institutions locales ainsi que le développement des instruments hybrides, notamment la dette mezzanine, les structures de financement mixte et les marchés de capitaux dédiés aux devises et aux matières premières.










