Pour la Berd, le Maroc est un pays où le potentiel des femmes entrepreneures est à la fois vaste et en pleine expansion.
Autonomisation économique des femmes : La célébration des 10 ans de mise en œuvre du programme « Women in Business » marque une étape clé dans l’engagement de la BERD en faveur de l’entrepreneuriat féminin. La rencontre de Casablanca est venue souligner le rôle essentiel des femmes dans la transformation économique et numérique du Maroc et de la région.
Après Londres, Casablanca célèbre la première décennie du programme «Women in Business» (WiB). Initié par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), ce dispositif a pour objectif de renforcer l’autonomisation économique des femmes dans 23 pays. En dix ans de sa mise en œuvre, 1,8 milliard d’euros ont été mobilisés dans le cadre de ce programme et 250.000 femmes entrepreneures accompagnées en termes de conseil, de formation et de réseautage, notamment en Asie centrale, en Europe de l’Est, en Turquie, en Égypte, au Kazakistan, en Cisjordanie et Gaza, au Tadjikistan et au Maroc. Au niveau national, 30 millions d’euros ont été décaissés et 5.000 femmes accompagnées. Des chiffres qui témoignent de la dimension stratégique de ce genre d’initiatives dédiées à l’entrepeneuriat féminin. «Nous sommes fiers de mettre en avant les progrès réalisés au Maroc, un pays où le potentiel des femmes entrepreneures est à la fois vaste et en pleine expansion. Depuis le lancement du programme en 2018, nous avons été témoins de son évolution. La deuxième phase, lancée en 2024, a affiné notre approche, notamment en matière d’automatisation numérique et de soutien aux régions particulièrement touchées par le tremblement de terre de 2023. À elle seule, cette phase a permis la distribution de 4.000 prêts à travers nos institutions financières partenaires, dont près de la moitié ont été accordés à des emprunteuses pour la première fois », souligne Haitham Issa, directeur de la BERD au Maroc. Et de préciser : « De la Mongolie au Maroc, nous avons vraiment prouvé que les femmes entrepreneures sont des clientes fiables et dignes de confiance pour les institutions financières. Ce n’est pas un risque réel, mais un potentiel qui se dresse sur leur chemin en matière d’inclusion financière et de croissance des entreprises. Elles représentent une véritable opportunité de marché ». Le succès de ce programme repose sur l’adhésion des partenaires de la BERD, à commencer par l’Union européenne. Notons que plus de 80 institutions financières ont contribué au développement de ce dispositif. « Women in Business incarne parfaitement l’engagement commun qui est celui de l’Union européenne et de la BERD en faveur de l’égalité hommes-femmes et de la place des femmes dans l’économie que cela soit au Maroc ou ailleurs dans le monde », indique Gerald Audaz, directeur général au sein de la Commission européenne. Et de poursuivre : « A travers ce programme, nous avons essayé d’aller au-delà des discours de principes puisque Women in Business est un des premiers programmes ayant véritablement donné aux femmes les armes dont elles ont besoin pour prendre place dans la sphère économie et de démontrer par les faits et non pas par les discours que la marginalisation des femmes aujourd’hui est un non-sens économique».
Un dispositif pour libérer le potentiel économique des femmes
Dans les détails, le programme « Women in Business » tend à libérer le potentiel économique des femmes. Le dispositif apporte un appui financier et technique aux micro, petites et moyennes entreprises gérées par des femmes en vue d’accéder aux services financiers et non financiers . La BERD fournit en effet des lignes de crédit à des institutions financières partenaires pour concevoir des prêts dédiés aux femmes entrepreneures afin de financer leurs investissements et leurs besoins en fonds de roulement. La Banque propose également aux institutions financières partenaires une couverture des risques de première perte et des cotisations basées sur la performance. La BERD offre en outre une assistance technique complète aux institutions financières partenaires pour renforcer les capacités internes et consolider la compréhension des besoins des entreprises dirigées par des femmes. « Ces garanties permettent aux institutions de tester et développer le segment des femmes entrepreneures et de renforcer leur confiance dans ce marché encore sous-financé », explique dans ce sens Jihane Hakimi, associate Manager, en charge des programmes donateurs, financements mixtes, institutions financières à la BERD. Et de préciser qu’ « en parallèle, nous offrons une assistance technique conçue avec les institutions financières partenaires pour créer de nouvelles offres de produits et services adaptés à ces femmes et développer des stratégies marketing ciblées ». Notons qu’à travers ce programme, la BERD cible, entre autres, les femmes dirigeantes de PME comptant moins de 250 employés, avec un chiffre d’affaires annuel inférieur à 50 millions d’euros et un bilan ne dépassant pas 43 millions d’euros.
L’accès au financement pose toujours problème
La célébration du 10ème anniversaire du programme « Women in Business » au Maroc a été une occasion pour mettre en lumière des success-stories ainsi que de débattre des nouvelles opportunités offertes aux femmes chefs d’entreprises. La réduction des inégalités d’accès au financement et à la prise de décision a été l’un des sujets phares abordés lors de cette rencontre. Ces disparités ont été confirmées dans une étude menée au Maroc en mi-2024 par le cabinet suisse MF Strategy, qui met en œuvre le programme « Women in Business » au Maroc. L’objectif étant d’identifier le profil des femmes entrepreneures au Royaume ainsi que de comprendre leurs besoins spécifiques en termes de produits financiers et non financiers. L’étude, ayant ciblé 1.150 femmes entrepreneures marocaines, laisse apparaître un marché potentiel toujours inexploité par les institutions financière. La méthodologie adoptée dans cette étude a permis d’estimer l’existence de 5,4 millions de femmes entrepreneures au Maroc au moment où les chiffres officiels, notamment ceux de l’ONMTPE, identifient 200.000 entreprises féminines formalisées, ce qui laisse sous-entendre une forte dominance du secteur informel (96 %). Il ressort, par ailleurs, que sur la base des chiffres d’affaires collectés dans le cadre de l’étude, les femmes entrepreneures contribuent à hauteur de 20 % au PIB. Selon l’étude, 85 % de ces 20 % est dû à l’informel. Bien qu’elles soient bancarisées, seulement 5 % des répondantes ont un crédit formel. Ceci est dû à des raisons intrinsèques aux produits financiers ou encore à une mauvaise perception du risque. Parmi les enseignements tirés, on cite également la sous-exploitation de la finance digitale. Autant de paradigme à renforcer dans la nouvelle phase de déploiement dudit programme.










