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Qui est véritablement Koch, le partenaire américain d’OCP à Jorf Lasfar ?

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Qu’est-ce qu’il apporte à l’industrie des engrais au Maroc ? Combien pèse-t-il ? Pourquoi choisit-il OCP et Jorf Lasfar ? Éclairage sur un mastodonte très discret…

Partenariat:  Avec plus de 125 milliards de dollars de revenus annuels, quelque 130.000 salariés et des activités déployées dans plus de 50 pays, Koch est l’un des poids lourds de l’industrie américaine. Très présent dans les engrais azotés, ce géant privé renforce aujourd’hui son ancrage à Jorf Lasfar aux côtés d’OCP. Quatre ans après une première joint-venture, une deuxième opération vient donner une nouvelle dimension à ce partenariat et éclairer les complémentarités entre les deux groupes.

Koch. Le nom est désormais associé à deux unités majeures de production d’engrais phosphatés à Jorf Lasfar. Pourtant, au Maroc, le groupe américain reste relativement peu connu du grand public. La nouvelle opération annoncée avec OCP Nutricrops offre justement l’occasion de regarder de plus près l’identité et surtout le poids réel de ce partenaire qui renforce, quatre ans après une première entrée, sa présence industrielle au Maroc.
Le 17 juillet, Koch Ag & Energy Solutions et OCP Nutricrops ont annoncé la signature d’un accord portant sur l’investissement du groupe américain dans Jorf Fertilizers Company I. Une fois l’opération finalisée, JFC I deviendra une coentreprise détenue à parts égales par les deux partenaires. L’unité peut produire jusqu’à 1,2 million de tonnes d’engrais phosphatés par an.
L’opération n’est pas une première. En 2022 déjà, Koch avait acquis 50% de Jorf Fertilizers Company III, devenue aujourd’hui Kofert. Cette usine dispose d’une capacité pouvant atteindre 1,1 million de tonnes annuellement. Avec les deux coentreprises, les capacités de production concernées atteindront environ 2,5 millions de tonnes par an selon les partenaires.
En quatre ans, Koch sera donc passé d’une première implantation industrielle significative en Afrique à un ancrage beaucoup plus important au cœur du dispositif industriel d’OCP à Jorf Lasfar. Et quand on regarde de plus près le profil du groupe américain, ce rapprochement prend une tout autre dimension.

Un géant américain très discret

Koch ne fait pas partie de ces multinationales dont le nom est immédiatement reconnaissable par le consommateur. Le groupe n’en est pas moins l’un des poids lourds de l’économie américaine.
Basé à Wichita, dans l’État du Kansas, Koch est un groupe familial non coté en Bourse. Ses revenus annuels dépassent 125 milliards de dollars. Forbes le classait encore fin 2025 au deuxième rang des plus grandes entreprises privées des Etats-Unis en termes de revenus. Le groupe emploie environ 130.000 personnes et opère dans plus de 50 pays.
Pour ce qui est de ses métiers, le périmètre de Koch dépasse très largement l’agriculture. Raffinage, produits chimiques, polymères, pâte et papier, emballage, matériaux de construction, verre, composants automobiles, électronique, logiciels, technologies de santé, ingénierie, logistique, trading de matières premières, immobilier ou encore investissements : le groupe s’est progressivement transformé en un vaste conglomérat industriel et technologique.
Parmi ses sociétés figurent notamment Georgia-Pacific, poids lourd américain du papier et des produits de consommation, Molex dans l’électronique et les composants, Guardian Industries dans le verre ou encore Flint Hills Resources dans le raffinage et l’énergie.
Koch affirme avoir investi plus de 168 milliards de dollars dans sa croissance et l’amélioration de ses activités depuis 2003 et réinvestir historiquement environ 90% de ses bénéfices dans ses entreprises. Une capacité d’investissement de long terme facilitée par son statut de société privée.
La dimension familiale reste également centrale. Le groupe trouve son origine dans l’entreprise créée en 1940 par Fred Koch. Son fils Charles Koch en a pris la direction en 1967 et en reste aujourd’hui président et co-directeur général. Sous sa direction, ce qui était encore essentiellement une entreprise liée au pétrole et aux infrastructures énergétiques s’est transformé en l’un des plus grands groupes industriels privés au monde.

Dans les engrais, un acteur déjà très lourd

C’est cependant une branche particulière de cette galaxie qui intéresse directement OCP : Koch Ag & Energy Solutions.
Cette entité regroupe plusieurs activités tournées vers l’agriculture, l’énergie et la chimie, notamment Koch Fertilizer, Koch Agronomic Services, Koch Energy Services et Koch Methanol.
Koch Fertilizer est historiquement fortement positionné sur les engrais azotés. Ses usines utilisent notamment le gaz naturel pour produire de l’ammoniac, matière première à partir de laquelle sont ensuite fabriqués plusieurs fertilisants azotés comme l’urée ou les solutions UAN.
Le dispositif industriel est conséquent. Le groupe possède aujourd’hui cinq sites de production aux Etats-Unis et un au Canada et détient également des participations dans des installations à Trinidad-et-Tobago. Son réseau comprend plus de 50 terminaux.
En 2024, Koch Ag & Energy Solutions a encore renforcé ce dispositif en rachetant à OCI Global l’usine d’engrais de Wever, dans l’Iowa, pour près de 3,6 milliards de dollars. Cette installation dispose à elle seule d’une capacité de production annuelle pouvant atteindre 3,5 millions de tonnes d’engrais azotés et de produits destinés au traitement des émissions des moteurs diesel.
Koch Fertilizer et ses affiliés disposent surtout de la capacité de commercialiser et distribuer environ 12 millions de tonnes d’engrais par an à travers leur réseau.
Autrement dit, OCP ne s’est pas associé à un simple investisseur financier. Son partenaire dispose lui-même d’un appareil industriel, commercial et logistique important dans le marché mondial des fertilisants.

Le phosphate, maillon complémentaire

C’est ici que la logique industrielle de l’alliance commence à mieux apparaître.
L’un des grands métiers historiques de Koch Fertilizer est l’azote. OCP, de son côté, dispose de l’un des avantages compétitifs les plus importants au monde dans le phosphate. Le groupe marocain indique disposer d’un accès à 68% des réserves mondiales de roche phosphatée et a construit autour de cette ressource une chaîne intégrée allant de l’extraction minière à la production de solutions de nutrition des plantes.
Le rapprochement permet donc de mettre en relation deux positions très différentes mais potentiellement complémentaires dans la chaîne mondiale des engrais.
Cette complémentarité apparaissait déjà clairement lors de la première opération en 2022.
Au moment de la création de la joint-venture autour de JFC III, en 2022, les deux groupes avaient annoncé que la production serait commercialisée conjointement par OCP et Koch Fertilizer. Ils prévoyaient également de coopérer dans l’approvisionnement d’OCP en ammoniac et en soufre et de mettre à contribution leurs capacités logistiques respectives pour exporter les engrais produits depuis le Maroc.
La relation dépassait donc, dès le départ, la simple détention commune d’une usine.
OCP apporte son accès au phosphate, son outil de transformation et son implantation industrielle. Koch apporte notamment ses réseaux commerciaux, ses capacités logistiques et son expérience dans d’autres grandes familles de nutriments agricoles.
Quatre ans plus tard, le passage d’une première à une deuxième joint-venture confirme que cette complémentarité semble fonctionner suffisamment bien pour être élargie.

Jorf Lasfar, le troisième acteur

Il existe cependant un troisième élément déterminant dans cette relation : Jorf Lasfar.
Car Koch ne renforce pas seulement son partenariat avec OCP. Le groupe américain augmente également son exposition à l’une des principales plateformes industrielles mondiales dédiées au phosphate et aux engrais.
Jorf Lasfar offre une configuration particulière. Le site combine unités de transformation, production d’acide phosphorique et d’engrais, infrastructures logistiques et accès portuaire intégré.
Le Jorf Phosphate Hub assure les services, les utilités et la logistique pour les différents opérateurs présents sur la plateforme et permet le raccordement de nouveaux clients aux infrastructures industrielles. Le site est directement relié aux installations portuaires par des réseaux de canalisations et de convoyeurs et utilise six des douze quais gérés par l’Agence nationale des ports.
Autrement dit, un industriel qui s’installe à Jorf Lasfar ne vient pas uniquement prendre une participation dans une usine. Il rejoint un écosystème industriel déjà construit autour de la transformation du phosphate et directement connecté aux flux du commerce international.
Le modèle n’est d’ailleurs pas nouveau pour OCP. Au fil des années, plusieurs grands partenaires étrangers ont déjà investi dans des joint-ventures installées à Jorf Lasfar. Le site accueille notamment EMAPHOS avec Prayon et CFB, IMACID avec les groupes indiens Tata et Birla, PAKPHOS avec le pakistanais Fauji Group, OFAS avec Fertinagro et désormais Kofert avec Koch.
Jorf Lasfar apparaît ainsi progressivement comme bien plus qu’un ensemble d’usines appartenant à OCP. La plateforme devient également un lieu où le groupe marocain associe des partenaires internationaux à son avantage industriel.

De 1,1 à près de 2,5 millions de tonnes

La chronologie est révélatrice. En juin 2022, Koch finalise l’acquisition de 50% de JFC III. Le groupe américain présente alors l’opération comme son premier investissement substantiel sur le continent africain.
L’usine, rebaptisée Kofert, peut produire jusqu’à 1,1 million de tonnes d’engrais phosphatés chaque année.
En juillet 2026, Koch décide de franchir une nouvelle étape avec JFC I. Cette deuxième unité peut atteindre 1,2 million de tonnes de capacité annuelle.
Selon le communiqué publié par les deux groupes, une fois la nouvelle transaction finalisée, les deux joint-ventures représenteront ensemble environ 2,5 millions de tonnes de capacité annuelle de production d’engrais phosphatés.
Le chiffre mérite d’être regardé au-delà de sa seule dimension industrielle. Il mesure aussi la vitesse avec laquelle Koch a approfondi son implantation marocaine.
En 2022, Jorf Lasfar constituait la première implantation industrielle significative de Koch en Afrique. Quatre ans plus tard, le groupe américain y renforce fortement sa présence.
Le mouvement ressemble donc moins à une diversification ponctuelle qu’à la construction progressive d’une position durable.

Ce que Koch vient chercher au Maroc

Pourquoi un groupe américain qui dispose déjà d’un appareil industriel considérable dans les engrais choisit-il de renforcer sa présence précisément à Jorf Lasfar ?
La première réponse est évidente : le phosphate. Mais elle est insuffisante.
L’intérêt réside aussi dans la possibilité de rejoindre directement une chaîne de valeur déjà intégrée. Le minerai est extrait au Maroc, transporté vers les plateformes de transformation, transformé en acide phosphorique puis en engrais et enfin exporté à travers un dispositif logistique et portuaire déjà opérationnel.
A cela s’ajoute la complémentarité avec l’activité historique de Koch dans l’azote, ainsi que la possibilité de combiner les réseaux de commercialisation et de distribution des deux groupes.
Dans un marché mondial des fertilisants régulièrement secoué par les prix du gaz, les tensions géopolitiques, les restrictions commerciales et les perturbations logistiques, disposer d’une position industrielle directement adossée à un grand gisement minéral et à une plateforme exportatrice peut constituer un avantage stratégique considérable.
Il faut aussi regarder de près la philosophie d’investissement de Koch. Contrairement à un groupe coté soumis en permanence aux attentes trimestrielles des marchés financiers, Koch met en avant une logique de détention et de réinvestissement à long terme. Le groupe affirme réinjecter une très grande partie de ses bénéfices dans son développement.
Ce profil donne une autre lecture de son implantation à Jorf Lasfar. Un groupe de cette taille et avec cette culture d’investissement ne multiplie probablement pas les engagements industriels simplement pour occuper le terrain. Le passage de JFC III à JFC I suggère plutôt que Koch considère désormais Jorf Lasfar comme une composante durable de son dispositif mondial dans les fertilisants.

Deux géants parfaitement complémentaires

Pour OCP aussi, l’opération dépasse l’apport financier d’un partenaire. Le groupe marocain construit depuis longtemps son développement international autour d’une combinaison de maîtrise de la ressource, puissance industrielle, innovation agronomique et accès aux marchés.
Faire entrer dans son appareil de production un acteur disposant de réseaux commerciaux et logistiques mondiaux peut contribuer à renforcer encore cette capacité de projection.
Le partenariat entre OCP et Koch résume ainsi une logique industrielle assez simple: chacun apporte à l’autre quelque chose qu’il maîtrise particulièrement bien.
OCP dispose d’un avantage mondial majeur dans le phosphate et d’une plateforme industrielle intégrée. Koch possède une longue expérience dans les engrais azotés, un vaste réseau de distribution et une empreinte industrielle internationale.
L’autre lecture de cette deuxième joint-venture annoncée il y a quelques jours, c’est que quatre ans après avoir posé un premier pied industriel significatif en Afrique aux côtés d’OCP, l’un des plus grands groupes privés américains fait désormais de Jorf Lasfar l’un des points d’ancrage de son dispositif mondial dans les engrais.

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