Sa Majesté le Roi Mohammed VI a reçu, lundi au Palais Royal de Tétouan, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, qui a présenté au Souverain le rapport annuel de la Banque centrale sur la situation économique, monétaire et financière au titre de l’exercice 2025.
Fondamentaux macroéconomiques : Le Rapport annuel de Bank Al-Maghrib au titre de l’année 2025 trace la bonne trajectoire de l’économie nationale et ce dans un contexte mondial marqué par les incertitudes et les mutations profondes. Si les performances enregistrées témoignent d’une résilience confirmée, le wali de Bank Al-Maghrib appelle à accélérer les réformes pour consolider les acquis et répondre aux défis structurels.
Présentant le Rapport annuel de Bank Al-Maghrib sur la situation économique, monétaire et financière au titre de l’exercice 2025 à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, lundi au Palais Royal de Tétouan, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib a dressé le bilan d’une année marquée par le renforcement des fondamentaux macroéconomiques du Maroc. Une performance réalisée dans un contexte mondial particulièrement incertain dans lequel évolue l’économie nationale. «Depuis quelques années, l’économie nationale évolue dans un contexte mondial marqué par une série de chocs, dont les conséquences s’imbriquent avec des mutations profondes et des mégatendances, notamment la transition démographique, le changement climatique, l’émergence de l’intelligence artificielle, la montée du protectionnisme, l’exacerbation des tensions géopolitiques et la fragmentation économique », a souligné Abdellatif Jouahri. Ces évolutions « induisent un niveau d’incertitude exceptionnellement élevé, non sans impact sur l’investissement, le commerce et la croissance », a-t-il relevé, mettant en avant les pressions qui pèsent sur les économies nationales dans un environnement international en recomposition.
La résilience de l’économie marocaine confirmée
En dépit de cet environnement international complexe et de la succession de plusieurs années de sécheresse, l’économie nationale a démontré une résilience notable, lui permettant de poursuivre une dynamique de performance et de consolidation de ses équilibres macroéconomiques.
Pour Abdellatif Jouahri, l’enjeu consiste désormais à garantir la pérennité de ces acquis. «Le défi aujourd’hui est de veiller en permanence à ce que les conditions nécessaires à la durabilité de ces avancées, à leur accélération et à une meilleure répartition de leurs retombées soient pleinement réunies». Cette ambition passe, selon lui, par «le maintien d’un rythme élevé de réforme, leur suivi régulier et leur ajustement le cas échéant», ainsi que par une mobilisation coordonnée de l’ensemble des parties prenantes. Cette résilience s’est traduite par une amélioration des principaux indicateurs économiques en 2025. «L’ensemble de ces évolutions laisse conclure que l’élan observé au cours des deux années précédentes s’est renforcé en 2025. En effet, la croissance s’est accélérée, l’inflation et les équilibres macroéconomiques sont restés maîtrisés, avec une atténuation du déficit budgétaire et de l’endettement du Trésor ainsi qu’une hausse des réserves de change, tandis que le déficit du compte courant, quoiqu’en légère accentuation, est demeuré contenu», souligne M. Jouahri. La croissance s’est ainsi accélérée à 4,9% après 4,4% en 2024, portée par la bonne tenue des secteurs non agricoles, notamment la construction, le tourisme et les services, ainsi que par une amélioration relative des conditions climatiques. Cette dynamique a également été soutenue par l’investissement, notamment public, qui demeure, selon le gouverneur de Bank Al-Maghrib, le principal moteur de cette progression, avec une hausse en volume de 16,3%.
Sur le plan budgétaire, le déficit a été ramené à 3,5% du PIB, contre 3,9% un an auparavant. Le taux d’endettement du Trésor a également reculé à 66,6% du PIB, avec une dette intérieure en baisse à 49,1% et une composante extérieure portée à 17,4%. Par ailleurs, l’inflation est restée maîtrisée à 0,8 %. L’année 2025 a été marquée également par le renforcement de la crédibilité du Maroc auprès des investisseurs internationaux. «Grâce à ces réalisations, à la stabilité et à la sécurité dont il jouit, et surtout à la notoriété de Votre Leadership, le pays préserve et consolide la confiance des institutions et des investisseurs internationaux», a indiqué Abdellatif Jouahri.
Selon lui, cette confiance a permis au Maroc de renouveler l’accord au titre de la ligne de crédit modulable du FMI, d’améliorer sa notation souveraine et de renforcer son attractivité en matière d’investissement ainsi que sa position en tant que destination touristique mondiale.
Emploi, gouvernance budgétaire, climat… des fragilités persistantes
Malgré les avancées enregistrées, le gouverneur de Bank Al-Maghrib a alerté sur plusieurs fragilités persistantes, notamment en matière d’emploi, d’inégalités sociales et de soutenabilité des finances publiques. Dans ce contexte, M. Jouahri a plaidé pour une meilleure préparation en amont de la main-d’œuvre à travers la mise à niveau du système d’éducation et de formation. La création d’emplois nécessite également, selon lui, une accélération du rythme de l’activité économique. Le défi consiste dès lors à renforcer les effets d’entraînement de l’investissement tout en poursuivant les réformes structurelles afin d’en améliorer le rendement. «La cadence de l’investissement tiré jusqu’à présent par l’effort public ne saurait être soutenable que si celui-ci est davantage porté par l’initiative privée», a affirmé Abdellatif Jouahri. Et de rappeler : «Les nombreuses initiatives entreprises à cet égard, en particulier la loi sur les PPP, la mise en place du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, la nouvelle Charte de l’investissement et les différents programmes visant à faciliter l’accès au financement et à accompagner les petites entreprises, laissent espérer des avancées tangibles dans ce sens» . Abdellatif Jouahri a également insisté sur la nécessité de renforcer la gouvernance budgétaire à travers la régularité des revues des dépenses et l’accélération de la réforme de la Loi organique des finances. «Le calibrage de la nouvelle règle budgétaire qui y est prévue devrait lui assurer une certaine stabilité et un encadrement clair des conditions de dérogation pour en faire une ancre crédible de la discipline budgétaire», a-t-il indiqué. Pour ce qui est des effets du changement climatique, le Gouverneur de Bank Al-Maghrib plaide pour l’accélération d’une politique globale permettant de passer d’une approche curative à une approche préventive. Concernant l’énergie, il estime que les tensions géopolitiques récentes rappellent l’importance pour le Maroc d’accélérer sa transition afin de réduire sa dépendance extérieure. «Pour l’énergie en particulier, le retournement de situation suite au déclenchement de la guerre en Iran, comme cela a été le cas en 2022 avec la guerre en Ukraine, souligne l’importance pour le Maroc d’accélérer sa transition afin de réduire sa dépendance extérieure», alerte-t-il. Et de poursuivre : «Cela contribuerait également à la décarbonation industrielle et à une meilleure préparation des exportateurs marocains face à la tendance à l’instauration de normes climatiques exigeantes au niveau de ses partenaires commerciaux».
Vers l’accélération de la création de pôles économiques territoriaux
S’agissant du chantier de la régionalisation avancée, le gouverneur de Bank Al-Maghrib confirme qu’il connaît un élan notable depuis l’appel Royal en 2024 à l’élaboration d’une feuille de route définissant ses orientations stratégiques. «Pour en consolider la dynamique, le défi réside notamment dans la mobilisation des compétences nécessaires pour accélérer son aboutissement, faire émerger de véritables pôles économiques régionaux et contribuer ainsi à l’atténuation des inégalités et au renforcement de la justice sociale et de l’équité territoriale», assure-t-il. Enfin, Abdellatif Jouahri a rappelé que la mobilisation de l’ensemble des parties prenantes devait se poursuivre à tous les niveaux, dans le cadre d’une approche garantissant la cohérence des interventions et leur efficience. Les échéances électorales constituent certes des phases de transition comportant nécessairement des incertitudes, mais le Maroc dispose, selon lui, d’un atout majeur à travers «l’Institution monarchique», véritable force d’impulsion et d’initiative, mais aussi garante de la continuité de l’action publique au service du citoyen en toutes circonstances.









