Riposte à la crise sanitaire, priorités d’intervention, bilan de 10 ans de partenariat… Les révélations de la présidente de la BERD

Riposte à la crise sanitaire, priorités d’intervention, bilan de 10 ans de partenariat… Les révélations de la présidente de la BERD

Odile Renaud-Basso effectue sa première visite officielle au Maroc les 24 et 25 mai en mode virtuel

Pour ce qui est du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, un projet en tant que tel me paraît répondre à l’objectif de développement économique, au renforcement des fonds propres qu’on partage aussi au niveau de la BERD. C’est un vecteur de succès sur le plan économique et donc nous sommes très désireux d’avoir des échanges avec les autorités sur le montage du fonds, les modalités d’intervention, sa gouvernance, son mode de fonctionnement pour voir de quelle façon nous pourrons coopérer.

Quelques mois après son élection au poste de présidente de la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD), Odile Renaud-Basso effectue depuis lundi sa première visite officielle au Maroc, en mode virtuel. La présidente de la BERD prévoit des entretiens avec les représentants du gouvernement, du secteur privé et de la société civile. Les échanges porteront sur la reprise post-Covid et les investissements de la BERD destinés à soutenir les secteurs les plus sévèrement touchés dans le pays, son économie et sa société, afin de reconstruire en mieux au fil des années à venir. Dans cet entretien consacré à ALM, Mme Renaud-Basso dresse un bilan des 10 ans de rapprochement entre la BERD et le Maroc ainsi que les perspectives de partenariat entre les deux parties.

ALM : Vous avez commencé lundi votre première visite officielle au Maroc, depuis votre nomination à la présidence de la BERD. Quel message portez-vous aujourd’hui pour les décideurs marocains ?

Odile Renaud-Basso : Le Maroc est un pays très important pour la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD). Nous y sommes très engagés depuis quelques années déjà. J’ai donc souhaité avoir l’opportunité d’établir des échanges approfondis avec les autorités marocaines et partenaires sur les enjeux auxquels le pays est confronté et voir comment la BERD peut mieux l’accompagner dans ce sens. Certes, la banque a vraiment mobilisé toutes ses capacités comme elle a fait en 2020 pour aider le pays à faire face à la crise sanitaire et limiter son impact économique, l’heure étant aujourd’hui à l’accompagnement du pays et nos clients marocains dans la reprise économique et le soutien à la croissance. Nous espérons pouvoir avoir une situation de retour vers la normale, notamment avec les progrès faits en matière de vaccin et de lutte contre la pandémie.

Des conventions sont-elles dans le pipe ?

Notre programme de projets pour cette année est en cours de développement. Cette visite est également une occasion d’échanger avec les autorités, et en particulier autour des dernières étapes à franchir pour les mettre en œuvre très rapidement.

Compte tenu des impératifs imposés par la crise sanitaire, le Maroc a engagé des chantiers structurants à l’instar de l’élargissement de la protection sociale ou l’appui à la relance à travers la création du Fonds Mohammed VI pour l’investissement. Quelle lecture faites-vous de cette dynamique ?

C’est une dynamique très positive. Il est évident que la crise sanitaire a créé un choc économique important mais a obligé les pays à repenser la façon dont ils peuvent relancer l’économie. Je pense que c’est une bonne opportunité de ce point de vue-là. Le projet de la protection sociale représente une avancée très importante et très innovante. C’est un élément de stabilité pour le pays et un élément de développement. Pour ce qui est du Fonds Mohammed VI pour l’investissement, un projet en tant que tel me paraît répondre à l’objectif de développement économique, au renforcement des fonds propres qu’on partage aussi au niveau de la BERD. C’est un vecteur de succès sur le plan économique et donc nous sommes très désireux d’avoir des échanges avec les autorités sur le montage du fonds, les modalités d’intervention, sa gouvernance, son mode de fonctionnement pour voir de quelle façon nous pourrons coopérer.

Une enveloppe de 750 millions d’euros d’investissements a été injectée au Maroc par la BERD depuis le déclenchement de la crise sanitaire. Est-ce que ce record d’investissement a été atteint dans d’autres pays d’opérations de la banque ? Et quelle part occupe ce financement dans le portefeuille régional de la BERD au titre de l’exercice 2020 ?

Effectivement c’est un record. C’est le montant de financement le plus élevé que nous ayons réalisé avec le Maroc. Il nous serait difficile de comparer cette mobilisation avec d’autres pays, compte tenu d’un certain nombre de facteurs. C’est le pays sur lequel nous avons fait plus de parts de financements liées aux mesures exceptionnelles de soutien à la liquidité dans le cadre de notre programme d’appui aux infrastructures vitales et à la liquidité bancaire. Ce dispositif a représenté en effet près de la moitié de nos financements au Maroc, notamment avec le soutien à trois entreprises publiques pour 300 millions d’euros (infrastructures, autoroutes, eau et aéroports). Ainsi, le Maroc est exceptionnel par la part prise par ces mesures de soutien d’urgence liées au contexte de la pandémie. Par rapport à la région, le Maroc est considéré comme étant un grand pays d’opérations. Il arrive deuxième après l’Égypte en termes de volume dans la région méditerranéenne. Au total, nous avons réalisé un volume de plus de 3 milliards d’euros de financement depuis que nous avons commencé à intervenir au Maroc en 2012.

En effet, le partenariat Maroc-BERD franchit 10 ans de son opérationnalisation. Quel bilan faites-vous de ce rapprochement ? Et qu’est-ce qui distingue le Royaume des autres pays d’opérations ?

Il est intéressant de savoir que nous disposons au Maroc d’un type et d’un niveau d’activité à la fois élevés et diversifiés avec des activités dans le secteur financier mais aussi celles liées à l’accompagnement des très petites entreprises ou encore au secteur public dont les infrastructures. Sur les dix ans passés, je pense aussi au développement d’une relation de travail importante avec les partenaires marocains au sein des autorités. Des relations de confiance et un véritable partenariat se sont créés. Nous travaillons très étroitement avec beaucoup de départements ministériels qu’il s’agisse de l’économie et des finances, puisque le ministre de tutelle est notre gouverneur, mais aussi l’industrie, l’agriculture, l’énergie, etc. Sans oublier nos clients dans le secteur public et le secteur privé. La BERD a développé une connaissance du tissu économique très importante. C’est grâce, en fait, à un bureau important à Casablanca et aussi aux représentations d’Agadir et de Tanger qui permettent d’avoir une présence sur le terrain très active et qui permet de toucher les entreprises de petites tailles.

Une nouvelle stratégie pays est en cours d’élaboration. Quelles en sont les grandes lignes ?

Effectivement, au Maroc, la BERD compte dans son nouveau cadre stratégique, qui est en cours de préparation, trois grandes priorités, à savoir le renforcement de la cohésion sociale et la réduction des disparités régionales pour une croissance plus inclusive, la facilitation d’une économie davantage dirigée par le secteur privé en améliorant la compétitivité et en soutenant le programme de réforme de la gouvernance du Maroc ainsi que par l’accroissement de la transition vers l’économie verte au Maroc grâce à une énergie et une infrastructure plus durables. De manière transverse, nous avons des orientations de verdissement, d’appui à la transition écologique et énergétique, de lutte contre les inégalités hommes-femmes et la digitalisation, qui sont aussi des priorités du Royaume. Au-delà de ces axes stratégiques, nous souhaitons, également, continuer à être actifs dans le secteur de l’accompagnement des entreprises, de l’industrie et l’agrobusiness. Nous souhaitons également développer au Maroc notre intervention en matière d’appui aux collectivités locales. Il ne s’agit pas uniquement de financer l’État et les grandes entreprises publiques mais aussi des projets qui vont être portés par des régions et des collectivités locales. D’après notre expérience, ces projets peuvent être importants dans la transition écologique et énergétique pour améliorer la vie quotidienne des citoyens. De même, la restructuration et une ouverture potentielle du capital des entreprises publiques, dans le cadre du processus de transformation visé par le gouvernement marocain, sont du point de vue stratégique un axe sur lequel la BERD peut apporter une grande expertise. Nous intervenons beaucoup pour améliorer la gouvernance et l’efficacité des entreprises publiques dans de nombreux pays d’opération. Si c’est le choix politique qui est fait, il constitue une bonne façon de moderniser et transformer la gestion de ces entreprises.

Quel sera le budget prévisionnel d’investissement prévu au Maroc dans le cadre de cette nouvelle stratégie pays ?

Nous n’avons pas de cible pays puisque cela dépend des projets qui seront présentés. Notre objectif est de rester à un niveau élevé et d’atteindre probablement un ordre de grandeur de ½ milliard d’euros d’investissement par an.

Un dernier mot

Je suis très contente de la relation et du rôle que joue la BERD au Maroc. Nous sommes vraiment désireux de continuer à approfondir et développer ce rôle pour favoriser le développement du pays, et d’atteindre une croissance équitable permettant ainsi d’améliorer la situation de tous les jeunes et moins jeunes marocains avec une économie plus verte aussi et plus équitable.

Odile Renaud-Basso, 1ère femme à diriger une banque multilatérale de développement

7ème présidente de la BERD, Odile Renaud-Basso a pris les commandes de la banque en novembre 2020. Elle marque ainsi un tournant dans l’histoire de la banque du fait qu’elle est la première femme à diriger une banque multilatérale de développement. En tant que directrice générale du Trésor français, Renaud-Basso a supervisé l’élaboration des politiques économiques de la France, en particulier concernant les affaires financières européennes et internationales, les échanges commerciaux, la régulation financière et la gestion de la dette. À ce poste, elle a aussi occupé la fonction de vice-presidente du Comité européen économique et financier de l’Union européenne, adjointe au G7 et au G20 et elle a été gouverneure ou gouverneure suppléante représentant la France à la Banque mondiale, la BERD et la Banque africaine de développement. Elle est aussi présidente du Club de Paris. Avant d’occuper ses fonctions actuelles, Mme Renaud-Basso a été directrice générale adjointe de la Caisse des dépôts, grande institution financière française du secteur public. Odile Renaud-Basso est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po) et de l’École nationale d’administration (ENA). Elle a aussi suivi une formation à l’école d’administration John F. Kennedy de l’Université Harvard.

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