Les infrastructures du marché financier continuent de faire preuve d’une forte résilience tant au plan financier qu’au niveau opérationnel.
Système financier : Le secteur bancaire continue d’afficher des fondamentaux solides et ce au même titre que le secteur des assurances qui se montre toujours résilient. Le secteur de la retraite continue pour sa part de pâtir du poids de l’endettement.
« Bien qu’ils soient globalement en atténuation, les risques macroéconomiques provenant de l’environnement externe et interne appellent à la vigilance sur fond de fortes incertitudes pesant sur les perspectives de l’économie mondiale ». Ce constat a été fait par le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques (CCSRS) lors de sa 17ème réunion tenue mardi 4 juillet à Rabat. Le Comité a, en effet, examiné et approuvé le rapport sur la stabilité financière au titre de l’année 2022. Cette réunion a été également une occasion pour faire le point sur l’état d’avancement de la feuille de route de stabilité financière couvrant la période 2022-2024. Il est à noter que le Comité a salué par la même occasion les efforts déployés ayant permis la sortie en février 2023 du Maroc de la liste « grise » du Gafi et puis en mai 2023 de celle de l’Union européenne. Il s’est, par ailleurs, enquis des actions résiduelles visant à renforcer davantage encore le dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).
Un secteur bancaire toujours solide
En analysant la situation du système financier, le CCSRS assure que le secteur bancaire continue d’afficher des fondamentaux solides. « Au niveau de la capitalisation, les banques ont dégagé à fin 2022 sur base sociale un ratio moyen de solvabilité de 15,7% et un ratio moyen de fonds propres de catégorie 1 de 12,4% supérieurs aux minimas réglementaires de 12 et 9%», apprend-on dans ce sens. Et de poursuivre que « sur base consolidée, ces ratios ressortent respectivement à 13,4 et à 11,2%». Se référant au Comité, l’exercice de macro-stress test de solvabilité continue de montrer la résilience du secteur bancaire face à des scénarii simulant la dégradation des conditions macroéconomiques. En contrepartie, le résultat agrégé des banques sur base sociale a connu une baisse de près de 13%, contre une hausse de 76,4% en 2021. «Cette évolution s’explique principalement par la contraction de 52% du résultat des opérations de marché sous l’effet de l’augmentation des taux monétaires et obligataires », relève-t-on du Comité, en précisant que le ratio de liquidité à court terme continue d’afficher un niveau confortable supérieur au seuil réglementaire de 100%. En ce qui concerne les infrastructures du marché financier, le Comité indique qu’elles continuent de faire preuve d’une forte résilience tant au plan financier qu’au niveau opérationnel. Elles présentent toujours un niveau de risque faible pour la stabilité financière.
La résilience au rendez-vous pour le secteur des assurances
A l’instar du système financier, le secteur des assurances a continué de se développer faisant preuve de résilience. Le volume d’affaires a atteint en 2022 les 53,8 milliards de dirhams en 2022, permettant au secteur de maintenir sa bonne dynamique de croissance (+8,5%) portant aussi bien sur la branche vie (+ 10,7%) que la branche non-vie (+ 6,6%). « Cette progression conjuguée à une amélioration de la sinistralité de la branche non-vie a permis une augmentation de la marge d’exploitation de 36,6%. Le secteur a néanmoins été impacté par les conditions défavorables du marché financier. Ses plus-values latentes ont ainsi accusé une baisse de 53,8% et son solde financier s’est déprécié de 23,8% », commente le CCSRS. Et de poursuivre : «Malgré ces contre-performances sur les placements, le secteur des assurances a affiché en 2022 un résultat positif de 4 milliards de dirhams (+1,8%), soit un taux de rendement des fonds propres (ROE) de 9,4%, en baisse de 10 points de base par rapport à l’exercice 2021 ». Selon le Comité, la baisse des plus-values latentes a directement impacté la marge de solvabilité du secteur. Cette dernière s’est dépréciée à 312,7% contre 370,4% un an auparavant. «Cette marge, calculée sous le régime prudentiel actuel, reste au-dessus du seuil réglementaire mais ne couvre à ce stade que le risque de souscription», relève-t-on à ce propos. S’agissant des exercices de stress tests, ils font ressortir une résilience globale des entreprises d’assurances aux conditions macroéconomiques et techniques défavorables.
Le secteur de la retraite très endetté
Pour ce qui est du secteur de la retraite, il ressort que les principaux régimes de base continuent de connaître une situation financière difficile marquée globalement par l’importance de leurs dettes implicites et par l’épuisement de leurs réserves à divers horizons. D’après le Comité, la réforme systémique de ce secteur à travers l’instauration de deux pôles (public et privé), actuellement en cours de discussion entre le gouvernement et les partenaires économiques et sociaux, vise à instaurer une tarification équilibrée des régimes de retraite et à résorber une bonne partie de leurs engagements passés non couverts.
Une croissance à 2,4% en 2023 et à 3,3% en 2024
Prévisions
Le Comité de coordination et de surveillance des risques systémiques est revenu lors de cette réunion sur les projections de croissance de Bank Al-Maghrib. L’activité économique devrait en effet se rétablir en 2023 pour atteindre les 2,4% contre une décélération en 2022 à 1,3%. La courbe devrait également s’inscrire en ascension en 2024. La croissance afficherait à terme une consolidation pour s’établir à 3,3%. Pour ce qui est des comptes extérieurs, les prévisions portent sur un allégement du déficit du compte courant. Il devrait ressortir à 2,5% du PIB en 2023 et en 2024 alors que les avoirs officiels de réserve permettraient, en intégrant les prévisions du financement extérieur du Trésor, une couverture autour de 5 mois et demi d’importations de biens et services. En ce qui concerne les finances publiques, le déficit budgétaire devrait poursuivre son atténuation pour se situer à 5% du PIB en 2023 puis à 4,3% en 2024. L’endettement du Trésor se situerait à 69,7% du PIB en 2023 et ensuite à 68,5% en 2024.
Quelques tendances en bref
Marché boursier
Les derniers indicateurs laissent apparaître une évolution positive de l’indice MASI depuis le début du mois de mai 2023. On relève un gain de 7,6% au 23 juin par rapport au début de l’année. Dans le détail, la valorisation globale du marché reste relativement élevée à 21,2 fois. De même, le ratio de liquidité du marché boursier à fin mai 2023 ressort à 8,7% contre 9,5% une année auparavant.
Marché obligataire
Se référant au Comité, les taux des Bons du Trésor (BDT) ont continué à augmenter en début d’année avec une hausse importante au cours du mois de janvier 2023. Parmi les constats relevés on cite des niveaux élevés de la volatilité des taux. De même, le paiement des échéances des titres de dette privée n’enregistre pas de défaut sur la période. Il ressort également que l’endettement net des émetteurs non financiers faisant appel public à l’épargne reste maîtrisé à 50% des fonds propres en 2022 pour les émetteurs cotés et à 75% pour les émetteurs de dette privée.
La gestion d’actifs
Le secteur renoue avec la croissance confirmant sa résilience après un début d’année affecté par les corrections observées sur les marchés. Au 16 juin 2023, l’actif net global des OPCVM s’est situé autour de 535,2 milliards de dirhams marquant une progression de 6,8% après une baisse de 15,5% relevée en 2022. De même, les autres organismes de placement collectif continuent de connaître une évolution soutenue avec des encours sous gestion en augmentation de 5,7% à fin mars 2023. Une croissance essentiellement tirée par les fonds immobiliers dont l’actif net a atteint 61,3 milliards de dirhams à cette date.
Crédit bancaire
Après avoir progressé à un rythme accéléré en 2022, le crédit bancaire destiné au secteur non financier a ralenti au cours des quatre premiers mois de l’année 2023. Compte tenu de la progression des créances en souffrance, le taux de sinistralité du secteur bancaire s’est établi, selon le Comité, à 8,4% à fin 2022 puis à 8,9% à fin avril 2023. En parallèle, le taux de couverture de ces créances par les provisions s’est maintenu autour de 68%.









