Sécurité alimentaire : Le Maroc montre la voie à l’Afrique

Sécurité alimentaire :  Le Maroc montre la voie  à l’Afrique

Crise Covid-19, eau, PIB agricole, inclusion des petits agriculteurs…

Au sein du continent certaines politiques agricoles ont montré leurs limites alors que d’autres ont franchi des pas importants, à l’exemple du Maroc qui a mis en place depuis plusieurs années le Plan Maroc Vert.

Assurer la sécurité alimentaire en développant une économie agricole performante est l’un des défis majeurs des pays africains durant les prochaines années. Au sein du continent certaines politiques agricoles ont montré leurs limites alors que d’autres ont franchi des pas importants, à l’exemple du Maroc qui a mis en place depuis plusieurs années le Plan Maroc Vert. Partant de là, l’échange d’expérience et le partage de connaissances permettraient aux pays du continent d’améliorer leur potentiel dans le secteur agricole et de relever ensemble les défis à venir. C’est dans ce cadre que s’est tenue le 5 avril 2021 «Africa Agri Forum» sous le thème central de «Sécurité alimentaire : quelle politique agricole pour l’Afrique de demain?», en partenariat avec l’Union africaine et le Groupe OCP Africa. L’édition présentielle sera programmée cet été à Yaoundé. Le Maroc, rappelons-le, a été désigné pays invité d’honneur à l’édition de Yaoundé, où le PMV ainsi que sa contribution à l’économie du Royaume seront présentés à une trentaine de pays africains.

Cette rencontre à distance a été l’occasion pour les responsables présents de partager leur vision sur les modèles de développement de l’agriculture dans leurs pays. Lors de cet évènement, Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts est revenu sur l’évolution du Plan Maroc Vert et des principaux axes de développement de cette stratégie ainsi que les perspectives d’avenir pour le secteur agricole au Maroc dans le cadre de «Génération Green». Cette rencontre a été marquée par la participation de Gabriel Mbairobe, ministre de l’agriculture et du développement rural du Cameroun et de Josefa Leonel C. Sacko chargée de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable au sein de l’Union africaine.

Résilience de l’agriculture marocaine contre la crise

Face à la croissance de la population et à l’intensification des changements climatiques, la sécurité alimentaire dans le monde et particulièrement en Afrique est loin d’être acquise constituant ainsi l’un des plus grands défis du 21ème siècle. Ce contexte exacerbé par la Covid-19 qui met à rude épreuve nos systèmes alimentaires suite à la perturbation des chaînes d’approvisionnement locale, régionale et mondiale.
Au Maroc, cette crise de la Covid-19 combinée à deux années consécutives de sècheresse a constitué un grand test de résilience pour le secteur, relève le ministre de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts. Durant cette période, le Royaume a pu «assurer la poursuite des activités agricoles et agroalimentaires permettant aux travailleurs d’accéder aux champs et aux unités, approvisionner toutes les régions du pays avec des produits de bonne qualité et une offre diversifiée et aussi continuer à assurer ses engagements en termes d’exportation alimentaire», explique Aziz Akhannouch ajoutant que cette période difficile «que nous avons réussi à gérer de manière maîtrisée et efficace a réconforté le Maroc dans ses choix stratégiques ayants mis ces dernières années le secteur agricole au cœur du développement économique du pays». Pour le ministre de l’agriculture, de telles expériences sont la preuve que la sécurité alimentaire ne peut être appréhendée de manière ponctuelle et qu’elle ne peut être que la résultante de changements profonds et structurels du secteur agricole. A cet égard, il est revenu sur le Plan Maroc Vert lancé en 2008 qui a fait de l’agriculture marocaine une priorité nationale contribuant de ce fait fortement à garantir la sécurité alimentaire. «Ce plan a placé l’investissement au centre de son équation. L’investissement public a connu une augmentation importante et a concerné principalement l’infrastructure productive, l’appui à l’agriculture solidaire et le développement des filières de production», indique-t-il soulignant que cela a permis de drainer plus d’investissements privés avec un effet de levier de 2,3 fois et ainsi de moderniser le secteur.

Irrigation maîtrisée

En s’orientant vers une gestion d’utilisation plus efficiente des ressources hydriques, l’agriculture marocaine a franchi un nouveau cap. En effet, la surface équipée en irrigation localisée (en goutte-à-goutte) a été multipliée par 4 dans le cadre du Plan Maroc Vert pour atteindre 630.000 hectares, soit près de 40% de la surface agricole utile irriguée, précise Aziz Akhannouch expliquant que ce taux dépasse celui des pays comme l’Italie 21% ou l’Afrique du Sud 22% et se rapproche de celui de l’Espagne 48%. «La mise en œuvre de ces grands programmes structurants d’irrigation a permis non seulement de valoriser mieux les produits mais d’économiser à peu près 2 milliards de mètres cubes par an», relève-t-il. A côté de cela, le Maroc a développé un concept de partenariat public-privé où des transferts d’eau de barrages vers des zones qui avaient besoin d’eau ont été mis en place. Parmi les projets en cours, le ministre a évoqué l’exemple de l’unité de dessalement destinée pour l’agriculture dans la région de Chtouka Ait Baha.

Amélioration du taux de couverture des besoins alimentaires

Le Plan Maroc Vert a également opté pour une approche filière comme choix stratégique. En dix ans, le PIB agricole a doublé et la structure de la valeur ajoutée agricole a été diversifiée. Cela a permis au secteur d’afficher une meilleure résilience et d’atteindre des taux de couverture assez élevés. Ainsi, le pays assure 65% de ses besoins de céréales, 47% pour le sucre, 99% pour le lait, les viandes rouges et les viandes blanches et 100% pour les fruits et légumes tout en notant un fort potentiel pour l’export pour ces dernières filières.

Inclusion des petits agriculteurs

A l’image de la grande majorité des pays africains, le Maroc est dominé par la petite agriculture. Ainsi, les deux tiers des parcelles ont moins de 5 hectares. «Ces exploitations représentent non seulement le principal relai de la dynamique rurale mais jouent également un rôle important sur le plan de la sécurité alimentaire puisque l’essentiel des volumes de production vient de cette catégorie. C’est pourquoi le plan a fait de l’inclusion et de la petite et moyenne agriculture une priorité non seulement avec une approche innovante et dédiée qui est le pilier II mais aussi à travers l’ensemble des programmes qui sont l’irrigation, l’aménagement de l’espace agricole, le conseil, la santé animale et le fonds de développement agricole». A cet effet, 2,7 millions de bénéficiaires ont été concernés par cette initiative.

Doubler le PIB agricole à l’horizon 2030

La dynamique agricole enclenchée par le Maroc durant les années passées se trouve renforcer par une nouvelle approche apportée par la stratégie «Génération Green». Lancée le 13 février 2020, cette vision se fonde sur l’élément humain et la pérennité du développement agricole. L’objectif étant aussi de doubler le PIB agricole à l’horizon 2030 à travers l’amélioration de la productivité, le développement de la transformation et l’exportation.

Le ministre de l’agriculture a aussi mis l’accent sur les nouveaux créneaux sur lesquels le Maroc mise durant les deux prochaines années comme celui de l’agriculture Bio. «Génération Green» vise aussi les nouvelles chaînes modernes, notamment les abattoirs et les marchés de gros. En effet, le Maroc vise a avoir 12 marchés de gros sur l’ensemble du territoire (un marché par région). Par ailleurs, cette nouvelle stratégie inclut également la transformation du digital et des nouvelles technologies à destination des jeunes du monde rural.

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