«Les résultats n’ont pas été à la hauteur». Au cours d’une journée d’étude organisée à Rabat, le ministère délégué chargé du transport n’y est pas allé par quatre chemins pour décrire l’impact trop limité de la réforme du transport des marchandises. Dix ans après son entrée en vigueur, tout ou presque reste à faire dans un secteur beaucoup trop dominé par l’informel.
Le ministère de tutelle a dévoilé son propre diagnostic. Ainsi, les raisons derrière cet échec seraient dues tout d’abord à «l’absence des mesures d’accompagnement de la réforme ainsi que la faible implication de tous les secteurs concernés».
Mais ce n’est pas tout. «Des décisions ont été prises dans une ignorance totale de la différence existante entre les différents opérateurs dans le secteur du transport de marchandises en raison des divergences sur le plan de la vision même de la réforme entre les entreprises avec un seul véhicule et d’autres entreprises disposant d’un parc composé de centaines de véhicules», a affirmé Mohamed Najib Boulif, ministre délégué chargé du transport auprès du ministre de l’équipement, du transport et de la logistique.
On ne sait pas ce que pense Karim Ghellab, l’ancien ministre istiqlalien (opposition) qui a dirigé le secteur du transport pendant presque une décennie, de ce tableau noir dressé par le gouvernement actuel. Mais Boulif va encore plus loin en ajoutant que l’entrée en vigueur du nouveau code de la route (un autre chantier porté par Ghellab) a rendu la situation encore plus compliquée puisque la réforme du secteur n’a pas été prise en compte au cours de l’élaboration du code. La journée d’étude marquant une décennie de la mise en œuvre de la réforme du transport des marchandises a octroyé globalement une note négative à ladite réforme.
Les problématiques sont encore légion dans le secteur et sont principalement liées à la mise à niveau des entreprises, la formation, la fiscalité et bien évidemment le poids de l’informel. La tutelle compte proposer une nouvelle vision pour remettre la réforme sur les rails. Au cours de la journée d’étude le débat a été ouvert pour explorer de nouvelles pistes de réforme.
Une vingtaine d’entreprises opérant dans le secteur ont ainsi pris la parole pour partager avec la tutelle leurs visions. Cela dit, la mission paraît déjà très difficile dans un secteur qui compte aujourd’hui des dizaines de milliers d’entreprises. Selon les statistiques du ministère de l’équipement, du transport et de la logistique, le nombre des entreprises actives dans le secteur a atteint 41.610 en 2014, contre 20.808 en 2006 et 2.800 en 2003.
La tâche est d’autant plus délicate que les disparités entre les opérateurs restent importantes sachant que 87% des entreprises du secteur disposent uniquement d’un camion ou deux. Les enjeux sont pourtant énormes. Il faut préciser dans ce sens que le secteur du transport routier des marchandises au Maroc génère un chiffre d’affaires annuel de 15 milliards de dirhams.
Négatif ou positif le bilan ?

La note négative que le ministère du transport semble octroyer à la réforme du transport des marchandises tranche avec le bilan défendu par l’ancien ministre de l’équipement et du transport, Karim Ghellab. Il y a quelques années, ce dernier ne tarissait pas d’éloges sur ce chantier. Ladite réforme avait apporté, selon lui, modernisation, performance et professionnalisation.
Au cours d’un bilan présenté en 2007, l’ancien ministre avait jugé la réforme positive en raison notamment de la création de nouvelles entreprises dans le secteur avec 12.000 à 13.000 nouveaux emplois créés. Il avait également mis en avant la création de nouveaux corps de métiers tels que celui du commissionnaire de transport et de loueur de véhicules. La réforme prévoyait également des mesures incitatives pour la modernisation du parc des camions utilisés dans le transport des marchandises à travers notamment des primes à la casse. Un Fonds spécial avait été créé à cette fin.
Un secteur stratégique Le transport des marchandises est un secteur stratégique pour l’économie nationale. Il contribue, en effet, à transporter 34% des marchandises au niveau national et 7% du volume des échanges extérieurs du Royaume. L’activité globale nationale annuelle est estimée à 13 millions de t/km, soit le déplacement, à l’échelon national, de 75% des marchandises sans compter le phosphate, de 6 à 8% de l’ensemble des échanges extérieurs du Royaume et de 16% des échanges commerciaux avec l’Union européenne. La flotte marocaine contribue à hauteur de 22% aux opérations de transport international via les routes, contre 30% de la flotte européenne. Si la réforme n’aura pas apporté l’effet escompté, les responsables affirment que ladite réforme compte tout de même quelques points positifs. Il a ainsi favorisé l’investissement dans le secteur et a créé des conditions favorables à l’émergence d’entreprises marocaines de transport compétitives aux standards internationaux, qui peuvent constituer le noyau principal du développement du secteur. |











