EditorialUne

Big One

© D.R

«On ne peut pas arrêter un séisme ou un tsunami, certes, mais on peut s’y préparer pour en limiter les dégâts».

Cette réflexion d’un éminent scientifique marocain, formulée il y a quelques années au lendemain du séisme d’Al Hoceima, résume à elle seule la seule doctrine qui tienne scientifiquement et raisonnablement la route en matière de gestion des risques naturels : l’anticipation.
Dans le domaine de la sismologie, par exemple, malgré des avancées scientifiques et technologiques considérables, il demeure aujourd’hui impossible de prévoir avec précision le moment exact d’une secousse, son emplacement ou son intensité. Les outils dont dispose la communauté scientifique permettent tout au plus d’identifier des zones à risque et d’estimer une probabilité d’occurrence à partir des observations et de l’historique sismique. Rien de plus. Rien de définitif.

L’exemple du célèbre «Big One», ce séisme majeur redouté depuis des décennies le long de la faille de San Andreas en Californie, illustre parfaitement cette limite. Les sismologues savent qu’il surviendra un jour. Mais nul ne peut dire quand. C’est toute la différence entre la certitude du phénomène et l’incertitude de sa date.
Dans le cas du Maroc, dont la carte des risques naturels apparaît aujourd’hui suffisamment documentée, la seule ligne de conduite crédible reste donc l’anticipation dans la gestion et la planification. La cartographie des aléas existe, elle s’affine et elle doit surtout être pleinement intégrée dans les politiques publiques.

Car face à des catastrophes naturelles par définition impossibles à empêcher, la priorité absolue demeure la protection des personnes, puis celle des biens. Et la meilleure préparation passe inévitablement par une planification rigoureuse tenant compte du paramètre risque à tous les niveaux : normes d’urbanisation et de construction, conception des infrastructures, dimensionnement des ouvrages d’art, mais aussi organisation des dispositifs post-crise en matière d’évacuation, de secours, de sécurité et de communication.

Au fond, la vraie question n’est pas de savoir si le prochain choc surviendra, mais de mesurer à quel point nous y serons préparés. L’enjeu dépasse désormais les seuls dispositifs publics : il renvoie aussi à la diffusion d’une véritable culture du risque au sein de la société.

Lire votre journal

EDITO

Couverture

Nos suppléments spéciaux