Traditionnellement, la question budgétaire était toujours centrée autour d’arbitrages classiques : combien dépenser, ou, pour qui et pour quelles ressources en face. Une mécanique typiquement comptable, où les équilibres entre les masses et les chiffres priment souvent sur le sens et la matérialité des dépenses. Ce temps est en train d’être révolu.
Avec l’introduction de l’éco-marquage dans les futures lois de Finances, le Maroc amorce un basculement discret mais décisif (lire l’article en pages 4 à 6). A l’avenir, il ne s’agira plus seulement de programmer des crédits et des engagements, mais aussi de qualifier leur impact. Non plus seulement dépenser, mais mesurer en plus ce que chaque dirham produit – pour l’économie, mais aussi comme effets pour le climat.
Ce changement n’est pas que technique. Il est profondément politique au sens noble du terme. Car il introduit, en filigrane, deux nouvelles exigences : la cohérence et la durabilité. Chaque politique publique devra ainsi et désormais répondre à une double lecture, budgétaire et environnementale. Ce qui, hier encore, relevait du discours ou de l’engagement général devient donc aujourd’hui un critère de décision concret.
Ce mouvement place l’État face à lui-même. Car classer, suivre et évaluer les dépenses selon leur impact climatique, c’est accepter de hiérarchiser et prioriser autrement. C’est reconnaître que toutes deux dépenses, même égales, ne se valent pas. Et surtout, c’est rendre visible ce qui, jusqu’ici, restait implicite, voire parfois marginal.
Ce tournant intervient à un moment clé. Le Maroc est engagé dans des chantiers structurants et transformateurs, dans l’énergie, l’eau, l’industrie. Des investissements lourds, nécessaires, mais qui engagent le pays sur des décennies. L’éco-marquage devient alors un outil de pilotage. Une boussole et peut-être même une ligne de discipline.
Reste une question essentielle : l’outil sera-t-il utilisé comme un véritable instrument d’arbitrage ou comme un simple exercice de conformité ? Toute la différence est là.










