Pendant longtemps, le digital au Maroc relevait d’une logique d’expérimentation, au mieux d’amorçage. Des projets pilotes, des plateformes dispersées, une modernisation progressive. Aujourd’hui, le changement de nature est évident : on est passé d’une juxtaposition d’initiatives à une stratégie structurée, portée au plus haut niveau de l’État, avec des moyens en forte augmentation. Et le Gitex Africa qui se tient à Marrakech en est une parfaite illustration (lire l’article en pages 4 à 6).
Le signal est d’abord d’ordre budgétaire. Quand, en quelques années, on multiplie par plus de cent les investissements, on n’est plus dans l’ajustement ou même l’amélioration mais en rupture. Et au-delà des montants, c’est la cohérence d’ensemble qui interpelle : État numérique, économie digitale, startups, formation, infrastructures, intelligence artificielle… tous les leviers sont désormais activés et alignés dans une même trajectoire.
Il fut un temps où le digital se focalisait sur la seule modernisation administrative. C’était là un premier passage obligé. Mais aujourd’hui, le numérique est vu, à juste titre, comme un vrai outil de souveraineté. Le choix affiché de «maîtriser» l’intelligence artificielle plutôt que de la subir dit beaucoup. Il traduit une volonté claire : ne plus rester consommateur de technologies, mais acteur, producteur, voire exportateur.
Et c’est là que le discours change de dimension. Car en évoquant des objectifs d’emplois, d’exportations ou encore d’émergence de champions nationaux, le numérique n’est plus un secteur parmi d’autres. Il devient un des moteurs de la transformation économique.
L’histoire du développement numérique est souvent jalonnée de stratégies ambitieuses confrontées à la réalité du terrain. Formation, inclusion territoriale, adoption par les citoyens… tout se jouera dans la capacité à transformer la vision en usages concrets.
Mais une chose est sûre : le Maroc a franchi un cap. Le numérique n’est plus une promesse. Il est en train de devenir une politique d’État à part entière, avec une finalité claire : impacter la vie réelle. C’est à ce niveau, précisément, que se jugera sa réussite.










