On a souvent tendance à considérer qu’un accord de libre-échange produit tous ses effets dès sa signature. En réalité, c’est rarement le cas. Pour être signataire de plusieurs accords avec de nombreux partenaires et non des moindres, le Maroc est bien placé pour savoir qu’un accord ne fait qu’ouvrir des portes et qu’il appartient ensuite aux partenaires de l’élargir progressivement, d’en lever les obstacles et d’identifier de nouveaux espaces de coopération. Un travail permanent qui peut s’étaler sur des décennies.
L’Accord d’association entre le Maroc et l’Union européenne en est une parfaite illustration. Signé en 1996 et entré en vigueur en 2000, il a profondément transformé les échanges commerciaux entre les deux partenaires en instaurant une zone de libre-échange pour les produits industriels et en accordant des préférences tarifaires sur de nombreux produits agricoles et de la pêche. Vingt-six ans plus tard, ce cadre continue d’évoluer, de s’améliorer et de produire des effets (lire l’article en page 9).
Mais il reste encore loin d’avoir livré tout son potentiel. Au fil des années, les échanges se sont naturellement concentrés sur les biens et marchandises. Pourtant, les véritables relais de croissance se trouvent désormais dans d’autres domaines. Le commerce des services, le droit d’établissement, la recherche et l’innovation, le transfert technologique, la convergence réglementaire, la transition énergétique ou encore l’accès progressif au marché intérieur européen représentent autant de chantiers capables de donner une nouvelle dimension au partenariat.
La célèbre cinquième liberté du transport aérien illustre parfaitement cette logique. Bien au-delà du secteur aérien lui-même, elle pourrait renforcer la connectivité du Royaume, soutenir le tourisme, développer les activités logistiques et améliorer l’attractivité du Maroc comme plateforme entre l’Europe et l’Afrique. D’autres leviers présentent le même potentiel de transformation.
C’est là que se situe aujourd’hui le véritable défi. Il ne s’agit plus seulement de commercer davantage. Il s’agit de faire évoluer le contenu même de la relation économique. Les accords commerciaux les plus performants ne sont pas ceux qui restent figés dans leur version d’origine mais ceux qui s’adaptent aux mutations économiques, technologiques et industrielles.
En un mot, un accord de libre-échange n’est qu’un premier cadre qui doit être continuellement enrichi. Plus les partenaires explorent ses marges de progression, plus il devient un levier de compétitivité, d’innovation et de création de valeur. C’est précisément cette dynamique qui permettra au partenariat entre le Maroc et l’Union européenne d’aller au-delà de la seule circulation des marchandises.









