EditorialUne

Deux tours, une seule histoire

© D.R

Elles ne sont séparées que par le fleuve. À peine un kilomètre à vol d’oiseau. L’une sur la rive nord du Bouregreg, du côté de Salé. L’autre sur la rive sud, du côté de Rabat. Tout semble les opposer et en même temps les relier.
D’un côté, la majestueuse Tour Hassan, dressée depuis le XIIe siècle, témoin silencieux de siècles d’histoire, de dynasties, de ruptures et de continuités. De l’autre, la fringante Tour Mohammed VI, fraîchement inaugurée, élancée vers le ciel, incarnation d’un Maroc qui construit, qui investit et qui se projette.
Près de mille ans les séparent. Mille ans d’écart, et pourtant une étrange proximité. Comme si ces deux tours ne se faisaient pas face, mais se répondaient. Comme si, au fond, elles racontaient la même histoire, avec des mots différents.
Car il y a des pays qui hésitent entre leur passé et leur avenir. Et il y a ceux qui refusent ce choix. Le Maroc appartient clairement à la seconde catégorie.
La Tour Hassan n’est pas un héritage, un monument que l’on contemple. Elle est une mémoire vive et active. Elle structure une identité, elle fixe des repères, elle rappelle une profondeur. La Tour Mohammed VI, elle, n’est pas seulement une prouesse technique et architecturale. Elle affirme une ambition, elle marque un positionnement, elle inscrit une trajectoire.
Entre les deux, il n’y a ni rupture, ni contradiction. Il y a une mise en scène. Une manière assumée d’organiser le dialogue entre ce qui fonde et ce qui projette. Une manière de faire coexister le temps long et l’accélération.
Beaucoup est dit à travers cette capacité non pas simplement à concilier tradition et modernité, mais à les articuler, à les rendre visibles, presque tangibles dans l’espace urbain.
Ce que donne à voir ces deux tours, ce n’est pas seulement un paysage. C’est l’image d’un pays dont les générations, l’une après l’autre, construisent patiemment les liens entre son histoire et son avenir.