Il y a des décisions qui en disent plus que les discours. La relance, en urgence, du soutien aux transporteurs face à la flambée des cours du pétrole en fait partie (lire l’article en pages 4 à 6).
Derrière cette mesure, à l’aspect technique, se dessine en réalité une évolution bien plus profonde de la manière dont l’État appréhende l’inflation.
Officiellement, les prix des carburants sont libéralisés. Le marché fixe les niveaux, l’État n’intervient plus directement. Sur le papier, la logique est claire. Dans la pratique, elle l’est beaucoup moins. Car lorsque les prix s’emballent, leurs effets ne s’arrêtent pas à la pompe. Ils se diffusent, contaminent l’ensemble des circuits économiques, et finissent par peser lourdement sur les ménages comme sur les opérateurs économiques.
C’est précisément cette diffusion que l’État cherche aujourd’hui à maîtriser. Non pas en revenant aux anciennes subventions généralisées, mais en intervenant de manière plus discrète, plus ciblée. En soutenant les transporteurs, il agit sur le principal vecteur de propagation de l’inflation. Il ne bloque pas les prix, mais il en atténue la transmission.
Ce choix n’est pas anodin. Il traduit un changement de doctrine. L’État ne se positionne plus comme un acteur qui corrige les prix, mais comme un régulateur qui en contrôle les effets. Une forme de pilotage indirect, moins visible, mais qui a largement prouvé son efficacité depuis 2022.
Dans le même temps, un autre basculement s’opère, tout aussi structurant. Les subventions à la pompe ont progressivement laissé place à des aides directes aux ménages. Là encore, la logique change. Il ne s’agit plus de soutenir un produit, mais de protéger et d’améliorer un revenu. De cibler non pas la consommation, mais les personnes.
Mis ensemble, ces deux mouvements dessinent les contours d’un nouveau modèle. L’un agit sur les circuits économiques, l’autre sur les capacités des ménages à absorber les chocs. Entre les deux, c’est toute la mécanique inflationniste qui est encadrée.
Il reste à savoir, maintenant, si ce mode de pilotage discret de l’inflation, voulu initialement comme une réponse conjoncturelle à une situation de crise, n’est pas annonciateur d’une manière, plus assumée, de gouverner l’économie…










