Edito : Fuite légale

Edito : Fuite légale

Alors que la grosse escroquerie immobilière, désormais connue de tout le monde sous le nom de Bab Darna, continue encore de produire ses effets catastrophiques sur le secteur sans parler des centaines de victimes, le gouvernement trouve le moyen de se donner en spectacle à travers une querelle de politiciens et une guerre de positions souterraine.

Voulant rattraper le coup et répondre à ceux qui lui reprochaient son silence, la toute nouvelle ministre de l’habitat a cru bon sortir un texte devant amender la loi incriminée d’où est venue la faille, en l’occurrence la loi sur la Vente en l’état futur d’achèvement (VEFA). Mais la ministre fera vite marche arrière en découvrant à ses dépens la «peau de banane»: ledit texte censé corriger le premier était loin d’être prêt et n’avait fait l’objet d’aucune concertation. Du coup, on devra retourner à «la case départ», constituer de nouveau une commission où devront siéger toutes les parties concernées pour tenter d’arriver à une version qui satisfait tout le monde. Entre-temps, les victimes devront prendre leur mal en patience. Mais quand bien même la faille juridique serait traitée, la loi à elle seule ne règlera pas le problème. Ce n’est pas l’existence d’un arsenal de textes sur la construction et l’acte de bâtir qui empêche des promoteurs et des entrepreneurs malintentionnés de tricher et de mettre en danger des vies humaines. Tout comme un code de la route, même moderne et sévère, n’est pas la solution contre les accidents de la circulation.

Tel un outil qui ne peut être utile que s’il est correctement utilisé, une loi ne peut produire ses effets que si elle est rigoureusement appliquée. Prétendre assumer ses responsabilités simplement en légiférant est une fuite légale. 

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