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Éditorial: Conservatisme frileux

© D.R

Décidément, malgré les discours sur la modernisation financière et l’évolution de l’écosystème entrepreneurial, les entreprises marocaines continuent encore largement à fonctionner avec les vieux réflexes de financement. La banque reste, et de très loin, le principal bailleur de fonds de l’économie nationale.

Les autres modes de financement peinent toujours à changer véritablement d’échelle.
Le capital-investissement, par exemple, reste encore relativement modeste au regard des besoins réels de l’économie. Selon les chiffres de l’AMIC, à peine 6,6 milliards DH ont été levés en 2025. Et sur les six dernières années, le volume global cumulé dépasse à peine les 11 milliards DH (lire article en page 12).

Le contraste devient encore plus frappant lorsqu’on compare ces montants aux 1.258 milliards DH d’encours de crédits bancaires enregistrés la même année.
Même constat du côté de la Bourse de Casablanca. Malgré une dynamique un peu plus visible ces derniers temps, le marché financier reste encore insuffisamment utilisé comme véritable levier de financement de l’économie. En 2025, le volume global des transactions, toutes catégories confondues, s’est établi autour de 160 milliards DH à peine !
Ces données racontent deux choses à la fois.

D’un côté, elles montrent que les entreprises marocaines tardent encore à sortir des schémas financiers classiques. Beaucoup continuent naturellement à se tourner vers le crédit bancaire dès qu’il s’agit de financer un projet, une extension ou un investissement. La culture de l’ouverture du capital, du capital-risque ou du financement par le marché reste encore relativement limitée.
Et il faut probablement reconnaître aussi qu’en face, du côté des investisseurs et des opérateurs spécialisés, la culture du risque n’est pas encore suffisamment agressive pour aller véritablement concurrencer les banques sur leur terrain historique.
Mais ces mêmes chiffres peuvent aussi être lus autrement.

Car cette faiblesse relative des financements alternatifs signifie qu’il existe encore un énorme potentiel de progression pour le private equity, le capital-risque, les marchés financiers ou les nouveaux outils de financement de l’innovation et des startups.

Et puis il y a un autre enseignement, plus discret mais important: si les banques continuent à porter une part aussi massive du financement de l’économie, c’est aussi parce que le système bancaire marocain reste solide, structuré et capable d’absorber une grande partie des besoins de financement du pays. Et dans un environnement mondial souvent instable, ce n’est pas un détail anodin.

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