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Éditorial : Courbe d’apprentissage

© D.R

La mise en service imminente du port Nador West Med ne doit rien au hasard.

Ce grand projet structurant s’inscrit dans une trajectoire clairement assumée par le Royaume : capitaliser sur l’expérience acquise, tirer les enseignements des réalisations précédentes et monter progressivement en gamme (lire l’article en page 3). À ce titre, Nador West Med bénéficie naturellement du retour d’expérience de Tanger Med, devenu en à peine deux décennies une référence mondiale et une véritable success-story portuaire. Et demain, à l’autre extrémité sud du pays, le port Dakhla Atlantique s’inscrira à son tour dans cette même logique vertueuse, en capitalisant à la fois sur Tanger Med et sur Nador West Med.

Cette dynamique illustre parfaitement ce que les économistes appellent la courbe d’apprentissage : plus un pays réalise et accumule de projets structurants, plus il en améliore la conception, l’exécution et la performance. Autrement dit, l’investissement n’est pas seulement un acte financier ou infrastructurel ; il est aussi un puissant vecteur d’apprentissage collectif et de montée en compétence.

Le même raisonnement s’applique aux investissements directs étrangers. Au-delà de leur impact immédiat en termes de création de valeur, d’emplois et de recettes, ils jouent un rôle déterminant dans la transformation du tissu productif national. À condition, toutefois, que les opérateurs marocains ne se contentent plus d’un rôle périphérique de simples fournisseurs ou sous-traitants locaux. L’enjeu est ailleurs : acquérir le savoir-faire, maîtriser les process, s’approprier les technologies, puis, surtout, être en mesure de les dupliquer, les adapter et, pourquoi pas, les améliorer par des innovations locales.

C’est précisément ce qui est à l’œuvre dans plusieurs secteurs clés : le ferroviaire avec la grande vitesse (lire l’article en pages 4 à 6), l’automobile, l’aéronautique, mais aussi le génie civil, le BTP, l’industrie pharmaceutique et même certaines filières agricoles longtemps considérées comme peu technologiques. Partout, l’expertise accumulée devient un levier central de souveraineté industrielle et de compétitivité.
La véritable réussite ne se mesure donc pas uniquement au nombre de projets réalisés ou aux volumes investis, mais aussi à la capacité d’un pays à apprendre de chaque chantier, à capitaliser sur chaque expérience et à transformer l’accumulation en intelligence économique. L’infrastructure devient stratégie et l’investissement se mue en développement durable et maîtrisé.

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