Chaque automne, l’exercice se répète, mais jamais dans les mêmes conditions.
Quand bien même il serait rituel et répétitif, présenter un projet de loi de Finances n’est jamais une simple formalité comptable : c’est un acte éminemment politique car il est la traduction chiffrée des choix et options pris par le gouvernement. Celui de cette année en est l’illustration parfaite. Comment, en un seul budget, répondre à des défis à la fois économiques, sociaux, territoriaux et humains ? Comment concilier l’émergence d’un Maroc compétitif, connecté aux industries mondiales de pointe et la justice sociale, la cohésion territoriale et la réduction des inégalités?
Le gouvernement avance ici sur une ligne de crête exigeante. D’un côté, il doit poursuivre la dynamique d’émergence déjà enclenchée : renforcer, voire accélérer, les grands chantiers industriels, numériques et logistiques, attirer plus d’investissements, former les compétences du futur et sécuriser les équilibres macroéconomiques. De l’autre, il lui faut accélérer et sécuriser la construction de l’État social, en consolidant les réformes majeures de la santé, de l’éducation et de la protection sociale universelle — piliers qui incarnent le mieux la vision royale d’un développement humain juste et durable.
L’équation peut paraître insoluble, mais elle devient possible dès lors que l’on sort de la logique de dépenses pour entrer dans la culture des résultats. C’est tout le sens de la budgétisation par programmes instaurée par la loi organique 130-13 : chaque dirham engagé doit désormais produire un impact mesurable.
Au fond, un projet de loi de Finances n’est pas une addition de chiffres : c’est une boussole. Il trace une trajectoire où l’État social et l’État productif ne s’opposent pas, mais s’additionnent. Et si le pari semble ambitieux, c’est justement parce qu’il est à l’image de ce Maroc qui a cessé de choisir entre croissance et justice — pour faire des deux, ensemble, le moteur de son avenir.










