Editorial

Éditorial: Ingénierie sociale

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Les grands projets urbanistiques et de restructuration urbaine, même lorsqu’ils se déploient sous le sceau de l’intérêt général, se heurtent souvent à des obstacles multiples. Les complications foncières, administratives et sociales transforment bien des chantiers en épreuves de longue haleine. Dès qu’entrent en jeu des opérations sensibles comme les expropriations ou les relogements, les délais se comptent non plus en années, mais parfois en décennies.
C’est dire que la réussite d’une reconfiguration urbaine ne dépend pas uniquement de la maîtrise technique ou de la solidité financière. Elle repose, avant tout, sur la capacité à impliquer le citoyen, à obtenir l’adhésion des populations concernées. D’où l’importance d’une dimension encore trop sous-estimée : l’ingénierie sociale.
Le projet de l’Avenue Royale à Casablanca en est l’illustration parfaite (lire l’article en page 3). Lancé au début des années 1990, il ambitionne de relier la mosquée Hassan II au centre-ville par une artère majestueuse, redessinant ainsi le visage de la métropole et renforçant son attractivité. Mais il aura fallu plus de trois décennies de blocages, de reports et de négociations pour que ce rêve retrouve aujourd’hui un souffle nouveau. Si le Conseil de la ville, la mairesse en tête, affiche désormais une détermination et un optimisme quant à la réalisation effective du projet, c’est sans doute parce qu’il a su actionner de nouveaux leviers, associer les habitants et transformer la contrainte sociale en facteur de réussite.
L’histoire de ce projet nous rappelle une évidence : une ville ne se construit pas seulement avec du béton et des plans d’architectes. Elle se bâtit surtout avec l’adhésion et la participation active et positive de ceux qui l’habitent.
Saâd Benmansour