L’industrie automobile marocaine raconte probablement bien plus qu’une simple réussite industrielle. Elle raconte une réalité que notre époque a parfois tendance à oublier : les grandes transformations prennent du temps.
Lorsqu’en 2004 le Maroc décide de faire de l’automobile l’un des moteurs de sa stratégie industrielle, rien n’est encore acquis. Le secteur est modeste, les investisseurs restent prudents et les ambitions affichées paraissent parfois démesurées au regard des moyens disponibles. Vingt ans plus tard, le pays produit près d’un million de véhicules par an et s’impose comme la première plateforme automobile du continent africain (lire le dossier en pages 4 à 6).
Entre ces deux moments, il ne s’est pourtant produit aucun miracle.
Il y a eu des milliers de réunions, des infrastructures à construire, des textes à adapter, des formations à mettre en place, des investisseurs à convaincre, des crises à surmonter et des ajustements permanents à opérer. Une succession de décisions souvent discrètes, rarement spectaculaires, mais poursuivies avec constance.
C’est peut-être cela la principale leçon de cette aventure industrielle. Les succès les plus solides ne naissent pas d’un coup d’éclat. Ils sont généralement le résultat d’un travail patient, parfois ingrat, mené jour après jour sans garantie immédiate de résultat.
Bien sûr, le parcours n’a jamais été linéaire. Il y a eu des périodes de doute, des ralentissements, des turbulences internationales et même des moments où certains observateurs remettaient en question la pertinence des choix opérés. Mais le cap est resté le même. Et surtout, chaque étape franchie a permis de préparer la suivante.
Car ce sont souvent les petites victoires intermédiaires qui rendent supportable le temps long. Une usine qui ouvre. Un nouvel investisseur qui arrive. Un taux d’intégration qui progresse. Une compétence qui se développe. Pris isolément, ces progrès peuvent sembler modestes. Additionnés sur vingt ans, ils finissent par transformer profondément un pays.
Cette logique, on la retrouve dans pratiquement toutes les politiques publiques de longue haleine.
C’est pourquoi les jugements définitifs prononcés quelques mois après le lancement d’une réforme méritent souvent d’être regardés avec prudence. Présenter comme un échec un chantier qui n’en est encore qu’à ses premières étapes relève parfois de la méconnaissance. Mais il arrive aussi que cela procède d’une autre logique : celle qui consiste à nier délibérément le temps nécessaire à toute transformation profonde. Parfois, c’est pire, pour de simples et étroits calculs de politique politicienne…










