Editorial

Éditorial : L’avenir du passé

Christopher Ross, représentant personnel du Secrétaire général des Nations unies dans l’affaire du Sahara, entame sa visite dans la région et doit assez vite établir un agenda qui fasse bouger ce dossier. Mais avant, comme tous ses prédécesseurs, il doit se forger une conviction qui constituera, sans doute, le socle de sa méthode de travail. C’est cette conviction qui va le guider dans les méandres de ce conflit vieux de plus de trente ans. Mais l’expérience «intime» de ce contentieux démontre que tous les représentants personnels commencent leur mission par un scepticisme plus ou moins équilibré, bien dans la culture de la IVème Commission, et finissent, tous, dans un pragmatisme qui privilégie une solution politique, acceptée par toutes les parties, qui, aujourd’hui, prend incontestablement la forme d’une proposition d’autonomie avancée. Le fond du problème que Christopher Ross aura à régler — et auquel il sera confronté assez vite — c’est de déterminer, donc nommer, la partie qui bloque le processus de règlement. La situation est claire. Le Maroc avance une proposition qui, de l’avis général, est crédible et sérieuse. Le processus de Manhasset est le cadre idéal et naturel pour la discuter, de bonne foi, conformément à l’esprit et à la lettre, notamment, de la résolution 1754 des Nations unies. Or, ce processus est bloqué. L’Algérie qui est une partie principale, voire exclusive, de ce conflit refuse la proposition d’autonomie. Le Polisario soutenu, hébergé et armé par l’Algérie s’aligne sur la position de son sponsor alors que, même, les intérêts réels des Sahraouis ne rejoignent plus ceux de l’Algérie dans cette affaire. L’offre d’autonomie marocaine a eu un impact sérieux et prometteur à Tindouf que la radicalisation autoritaire et coercitive de la direction du Polisario n’a pas pu complètement éliminer. Il reste que le blocage est à ce niveau. Entre un partenaire qui fait une offre réaliste et sérieuse. Et un partenaire qui ne propose rien de nouveau à part ce qui a été, déjà, essayé par le passé et qui s’est soldé par un échec retentissant. L’impossibilité matérielle de définir un corps électoral à travers une identification juste a complètement annihilé les chances d’un référendum d’autodétermination honnête. C’est dans ce contexte que l’offre d’une autonomie élargie, conforme aux standards les plus avancés dans le monde, dans le cadre de la souveraineté marocaine, a pu voir le jour. C’est cette proposition, aujourd’hui soutenue par les grandes puissances qui est, sous l’égide des Nations unies, la base réelle de toute possibilité de solution durable à ce conflit. Christopher Ross connaît sa feuille de route. Il doit faire l’avenir et non pas refaire le passé.