Pendant des décennies, le développement d’un pays se mesurait à quelques indicateurs bien connus : la croissance, l’investissement, les exportations, l’emploi ou encore les infrastructures réalisées. Ces repères restent naturellement indispensables. Mais dans les années à venir, ils ne suffiront plus.
Désormais, les États sont, en plus, attendus sur d’autres terrains. La capacité à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes, à préserver les ressources naturelles, à limiter les émissions de carbone, à renforcer la souveraineté économique ou à anticiper les conséquences environnementales d’un projet sont progressivement devenus des critères de performance à part entière. Autrement dit, les politiques publiques ne sont plus seulement jugées sur ce qu’elles produisent, mais aussi sur la manière dont elles le produisent.
Cette nouvelle grille de lecture se retrouve déjà dans de nombreuses réformes engagées par le Maroc. Les budgets publics intègrent désormais une dimension genre (lire l’article en pages 4 à 6) et une présentation destinée à mieux informer les citoyens. La finance se prépare à distinguer plus clairement les investissements durables à travers la future taxonomie verte (lire l’article en page 7). Les études d’impact occupent une place croissante dans les décisions publiques afin d’évaluer, en amont, les effets économiques, sociaux et environnementaux des projets.
Ces évolutions reflètent une volonté d’anticiper les grandes mutations qui façonneront les prochaines décennies. Mais elles répondent aussi à une réalité beaucoup plus immédiate. Le Maroc est connecté à une économie mondiale dont les règles changent rapidement. L’Union européenne, premier partenaire commercial du Royaume, fait progressivement du carbone, de la durabilité et de la transparence des conditions d’accès à son marché. Les investisseurs, eux aussi, accordent une importance croissante aux critères environnementaux et de gouvernance.
Adapter les politiques publiques n’est donc plus un exercice de conformité mais bien un facteur de compétitivité. Les nouveaux critères qui s’imposent aujourd’hui ne sont pas des contraintes passagères. Ils sont les nouvelles règles qui régiront la compétition économique mondiale de demain.










