Force est de constater qu’une partie du débat public a fini par atteindre un niveau de simplification presque admirable.
Les crises agricoles mondiales, les sécheresses successives, les tensions sur les marchés internationaux, la flambée des coûts de production, les déséquilibres climatiques… tout cela aurait finalement une explication beaucoup plus simple qu’on ne l’imaginait. Une seule personne suffirait désormais à résumer des années de transformations économiques, agricoles et sociales. Voilà qui facilite considérablement le travail des experts et des analystes.
D’ailleurs, il devient presque rassurant de voir avec quelle régularité certains sujets finissent toujours par revenir au même point. Quelle que soit la question de départ, le scénario semble déjà écrit à l’avance. Les mécanismes économiques deviennent secondaires, les contraintes mondiales presque décoratives et les réalités du terrain nettement moins importantes que la nécessité de retrouver, encore et toujours, le même responsable idéal. Une forme de stabilité dans un monde devenu imprévisible.
Le plus fascinant reste peut-être cette capacité à transformer chaque débat en récit personnalisé, personnifié. On ne discute plus réellement de politiques publiques, de modèles agricoles, de chaînes d’approvisionnement ou de gestion de crise. Ce serait évidemment beaucoup trop complexe. Mais il est infiniment plus efficace de résumer tout cela à des affiches, des slogans, des symboles et quelques procès d’intention bien calibrés. Le débat gagne en émotion mais perd en profondeur.
Pourtant, à force de répétition, une petite question finit naturellement par surgir : lorsque tout devient systématiquement la faute de la même personne, parle-t-on encore réellement des problèmes du pays ou est-on en présence d’une forme d’obsession politique devenue autonome ?
Cela n’efface évidemment ni les difficultés réelles ni les tensions que vivent les citoyens. Les Marocains savent parfaitement ce que signifient les prix élevés, les pressions sur le pouvoir d’achat ou les inquiétudes liées à l’avenir. Mais précisément pour cette raison, ces sujets mériteraient peut-être autre chose qu’un débat transformé en série de couvertures spectaculaires et en tribunal émotionnel permanent.









