Dans le tumulte de l’actualité chaude qui obnubile les médias, les réseaux sociaux et l’opinion publique, une information est passée quasiment inaperçue alors qu’elle est d’une extrême importance : l’Agence pour la protection de l’enfance est désormais une réalité, du moins sur le plan législatif, en attendant qu’elle soit effectivement opérationnelle (lire l’article en pages 4 à 6). Mais déjà, le simple fait que le cadre légal d’une telle institution ait été adopté constitue en soi une avancée majeure et une première dans l’histoire des politiques publiques sociales au Maroc. La loi, votée au Parlement la semaine dernière, vient consacrer une approche nouvelle, plus structurée et plus cohérente, de la protection de l’enfance.
Cette évolution ne surgit pas du vide. Elle s’inscrit dans une dynamique enclenchée depuis quelques années, dont les résultats sont aujourd’hui mesurables et qui montrent que le Maroc a réalisé des progrès tangibles sur la question de l’enfance, notamment en matière de lutte contre le travail des mineurs. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : de plus de 243.000 enfants de moins de 17 ans actifs en 2017, leur nombre est tombé à environ 110.000 en 2024. Une réduction de plus de la moitié dans un contexte mondial où près de 160 millions d’enfants continuent à travailler, souvent dans l’informel et à l’abri de toute statistique récente.
Ces avancées, aussi importantes soient-elles, ne doivent ni masquer les défis qui subsistent ni nourrir une autosatisfaction stérile. Car protéger l’enfance ne se résume ni à des chiffres ni à des textes de loi. Il s’agit d’un choix de société, d’un investissement à long terme dans le seul capital véritablement durable dont dispose le pays : ses générations futures. Éducation, santé, protection sociale, sport, culture, encadrement juridique… les politiques publiques touchant à l’enfance sont par nature multiples, transversales et interdépendantes.
C’est précisément là que la création d’une agence nationale dédiée prend tout son sens. Elle offre l’opportunité d’unifier la vision, de coordonner les interventions, de créer des synergies et d’éviter la dispersion des efforts en replaçant l’enfant au centre de l’action publique, non comme un sujet périphérique, mais comme une priorité stratégique et une responsabilité collective.









