Les cartes économiques ne sont jamais figées. Elles évoluent au rythme des infrastructures, des politiques publiques, des initiatives privées et, aussi, de la confiance des investisseurs.
Certains territoires concentraient naturellement et traditionnellement l’essentiel des grands projets tandis que d’autres restaient à l’écart des grandes dynamiques d’investissement. Cette géographie est en train de changer.
La dernière réunion de la Commission nationale des investissements en offre une illustration. Parmi les lieux d’implantation des projets validés figurent des provinces comme Al Haouz, El Jadida, Moulay Yacoub, Nador, Rehamna ou encore Taroudant. Des territoires qui ne sont pas systématiquement associés aux grands pôles économiques traditionnels, mais qui s’invitent désormais dans les choix d’investisseurs privés avec, à la clé, des perspectives de création d’emplois et de valeur.
Cette évolution n’a rien d’un hasard. Le nouveau dispositif de soutien à l’investissement, entré en vigueur en 2023, commence à produire l’un de ses effets les plus attendus : élargir la carte des investissements en orientant davantage de projets vers des territoires jusque-là moins sollicités. Si cette tendance se confirme, elle contribuera à réduire progressivement les déséquilibres territoriaux et à diffuser davantage la croissance.
Mais les incitations nationales, aussi volontaristes soient-elles, ne feront pas tout. La prochaine étape se jouera dans les territoires eux-mêmes. Les régions, les provinces, les communes, les Centres régionaux d’investissement, les Chambres professionnelles et l’ensemble des acteurs locaux devront devenir les premiers ambassadeurs de leur propre potentiel. Attirer un investisseur ne relève plus seulement des avantages fiscaux ou des dispositifs nationaux. Cela suppose une stratégie territoriale, une connaissance fine des filières porteuses, une offre foncière lisible, des compétences disponibles, des infrastructures adaptées et une capacité à présenter un projet de territoire crédible.
La concurrence ne se joue plus uniquement entre pays. Elle s’exerce de plus en plus entre régions, parfois entre provinces. Chaque territoire doit apprendre à valoriser ce qui le distingue et à construire un véritable argumentaire économique. Les territoires qui réussiront demain seront ceux qui ne se contenteront pas d’attendre les investisseurs, mais qui iront à leur rencontre avec une vision claire, des projets structurés et une gouvernance capable d’inspirer confiance.
Car l’investissement n’est pas qu’une affaire de capitaux. C’est aussi une affaire de territoires. Et pour poursuivre et compléter la dynamique de développement, rompre avec ce «Maroc à deux vitesses», chaque territoire devra désormais apprendre à devenir, à sa manière, une destination économique à part entière. C’est l’une des prochaines grandes batailles de l’attractivité.










