Parfois, le sens et la vision d’un mandat apparaissent encore davantage dans son point de départ et son point d’arrivée que dans la succession des mesures qui l’ont jalonné.
En novembre 2021, quelques semaines seulement après sa nomination, le Chef du gouvernement avait choisi de consacrer sa première séance mensuelle devant la Chambre des représentants à un thème encore peu présent, voire pas du tout, dans le vocabulaire politique marocain: l’État social. À l’époque, l’expression pouvait surprendre. Le débat public était davantage habitué à évoquer l’État-providence, l’État régulateur ou encore l’État investisseur. L’État social, lui, restait un concept relativement nouveau dans le paysage institutionnel national.
Pourtant, avec le recul, ce choix apparaît aujourd’hui tout sauf anodin. Car les années qui ont suivi ont largement été marquées par cette orientation. Généralisation de la protection sociale, extension de l’Assurance maladie obligatoire, mise en place des aides sociales directes, réformes du système de santé, soutien au pouvoir d’achat des ménages les plus vulnérables : autant de chantiers qui ont progressivement donné un contenu concret à cette notion qui pouvait paraître abstraite au départ.
Et voilà que, presque cinq ans plus tard, la dernière séance mensuelle de la législature est consacrée à l’éducation qui, il faut le rappeler, a déjà fait l’objet d’autres séances mensuelles. Le symbole mérite d’être relevé. Car après la protection, la santé et la solidarité vient naturellement la question de la transmission. Celle du savoir, des compétences et de la préparation des générations qui construiront le Maroc de demain.
Il y a dans ce choix une certaine cohérence. Une manière de refermer un cycle tout en ouvrant le suivant. Car l’État social ne se limite pas à protéger. Il doit aussi permettre d’émanciper, de former et de créer les conditions de l’ascension sociale. C’est précisément là que l’école occupe une place centrale.
La séquence est donc loin d’être anodine. Entre la première intervention consacrée à l’État social et la dernière centrée sur l’éducation, se dessine une trajectoire : celle d’un Maroc qui cherche à renforcer ses filets de protection tout en investissant dans ce qui demeure, au final, la plus précieuse de ses ressources et garanties pour l’avenir : sa jeunesse.










