EditorialUne

Fausse crise

© D.R

On parle beaucoup ces derniers temps d’une «crise» de l’immobilier au Maroc.

Les chiffres cités à l’appui de cette thèse ne sont pourtant qu’une lecture partielle de la réalité. Oui, certaines catégories de logements connaissent probablement et certainement un ralentissement, notamment dans l’ancien, sur certains segments ou dans certaines villes. Mais réduire l’ensemble d’un marché hétérogène à cette seule tendance est une grossière erreur d’analyse.

La vérité est que le profil de la demande immobilière change : la population se renouvelle, ses modes de vie et ses habitudes évoluent. C’est ce qui explique que le gouvernement réfléchit aujourd’hui à une offre locative à loyers abordables, un segment qui n’existait pas encore en tant que tel au Maroc et qui répond à de nouveaux besoins (lire l’article en pages 4 à 6). A ce jour encore, peu de promoteurs privés ont osé s’y aventurer, préférant reproduire les anciens schémas de la promotion immobilière classique. Résultat: ils se disent en crise, alors qu’ils sont surtout décalés par rapport à un marché qui a évolué.

Pourtant, de l’autre côté, la demande reste structurellement forte. Selon le dernier recensement du HCP (2024), en l’espace de 10 ans, c’est-à-dire de 2014 à 2024, le Maroc a enregistré en moyenne la naissance de près de 200.000 nouveaux ménages par an. Et qui dit nouveaux ménages, dit automatiquement demande en logement. C’est à l’offre de s’adapter, non l’inverse.
En somme, le marché marocain n’est finalement pas en crise comme le prétendent certains analystes et professionnels : il se régule et se transforme. Et les perspectives qui s’ouvrent – diversification des produits, logement locatif abordable, montée en puissance des villes moyennes – annoncent non pas une contraction, mais bien une nouvelle phase de croissance. Il appartient aux promoteurs de réinventer leur modèle et leur offre.