Les chiffres livrés cette semaine par le ministre de l’éducation nationale devant les députés ont de quoi interpeller, voire heurter. Ils mettent en lumière, sans fard, l’état réel d’une partie significative de l’école publique avant 2022. Sur la période 2022-2026, près de 9.000 établissements d’enseignement primaire publics ont été réhabilités sur un total de 12.000. Mais ce bilan chiffré révèle surtout l’ampleur des carences accumulées durant des années : 4.000 écoles n’étaient pas raccordées à l’eau potable, 3.300 dépourvues d’installations sanitaires dignes de ce nom, près de 2.000 sans murs de clôture. Ahurissant, mais vrai.
Construire des écoles ou des salles de classe est une chose. Le faire dans des conditions minimales de dignité, de sécurité et de salubrité en est une autre. Une école sans eau, sans toilettes, sans clôture, parfois sans route d’accès ni électricité, perd une grande partie de sa raison d’être. Elle devient un symbole d’effort inachevé, voire de dépense publique inefficiente.
C’est ici que ressurgit l’un des maux structurels qui ont longtemps entravé l’action publique : le fonctionnement en silo. Pendant des années, les départements ont multiplié les programmes et les investissements sans réelle convergence, chacun avançant dans son périmètre sans véritable articulation avec les autres. Or, une école ne peut être pensée isolément. Elle doit s’inscrire dans un écosystème territorial cohérent.
Les chiffres détaillés par le ministre – écoles pionnières réhabilitées, raccordement progressif des écoles satellites à l’eau, construction de sanitaires, murs de clôture, accessibilité pour les enfants en situation de handicap, remplacement de salles préfabriquées, mesures hivernales et équipements de chauffage – témoignent d’un changement de méthode autant que de rythme.
La leçon est claire : l’enjeu n’est plus seulement de bâtir, mais de bien bâtir, ensemble. Et c’est précisément là que réside le sens profond de la convergence des politiques publiques. Car investir dans l’école, ce n’est pas empiler des murs, c’est construire un cadre de vie, d’apprentissage et d’égalité des chances. Tout le reste ne serait presque qu’illusion comptable.










