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La magie des quintaux

© D.R

Quand le ministre de l’agriculture, en introduction de son intervention à la conférence de haut niveau du SIAM, a choisi d’annoncer d’emblée le chiffre de la récolte attendue cette année, il savait qu’il actionnait là un levier puissant. Psychologique, certes, mais avec des prolongements très concrets sur l’économie.

Car les données sont claires : la récolte devrait atteindre près de 90 millions de quintaux, soit l’un des meilleurs niveaux des sept dernières années. Dans le même temps, le Maroc continue d’importer structurellement l’essentiel de ses besoins en blé. Ces dernières années, les volumes oscillent entre 6 et 6,5 millions de tonnes. Un paradoxe apparent pour un pays où la consommation dépasse les 200 kg par habitant et par an, et où, en matière de rendement, de productivité ou de valeur ajoutée, d’autres filières prennent largement le dessus sur la céréaliculture.

Et pourtant, la récolte céréalière garde un statut à part. Même exprimée en quintaux et non pas en tonnes, elle continue de peser bien au-delà de sa seule valeur économique. Parce qu’elle reste, d’abord, le visage le plus immédiat de la petite agriculture. Derrière ces chiffres, ce sont des millions de petits exploitants, donc des millions de ménages, dont le revenu dépend directement de la campagne.

Une bonne récolte, dans ce contexte, ne se limite pas à un indicateur agricole. Elle diffuse. Elle rassure. Elle irrigue, au sens presque littéral, le moral économique du pays. Ce n’est pas un hasard si, chaque année, au moment de bâtir le budget, les prévisions de récolte figurent parmi les hypothèses clés, au même titre que les cours mondiaux du pétrole.

Au fond, la céréaliculture ne dit peut-être plus tout de la performance agricole réelle du Maroc. Mais elle continue, encore aujourd’hui, à dire beaucoup de ses équilibres.

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