EditorialUne

Leçons du passé

© D.R

L’évolution du PIB agricole au Maroc au cours des quinze dernières années raconte l’histoire d’une transformation silencieuse mais profonde.

La pluviométrie continue évidemment d’influencer les campagnes agricoles, mais la modernisation progressive du secteur et la diversification des filières ont commencé à réduire son impact direct sur la croissance économique nationale (lire analyse en pages 4 à 6).

Il n’en a pas toujours été ainsi. Dans les années 80, 90 et même jusqu’au début des années 2000, une année de sécheresse se traduisait presque mécaniquement par un ralentissement brutal de l’économie, voire par une récession. L’agriculture jouait alors un rôle si déterminant que la pluie apparaissait comme l’un des principaux baromètres de la conjoncture nationale.
Un premier déclic s’est probablement produit au cours de la décennie 90. L’une des sécheresses les plus sévères que le pays ait connues s’était traduite par une violente contraction de l’activité économique, avec une croissance négative de -2,2%. Cet épisode avait mis en lumière la fragilité structurelle d’une économie dangereusement dépendante des aléas climatiques.

À cette époque, le Maroc était également confronté à des choix économiques majeurs. À la sortie d’un douloureux Programme d’ajustement structurel (PAS), le pays engageait un vaste chantier de réorientation économique. Les discussions avec le partenaire européen autour de ce qui deviendra l’accord d’association et de libre-échange s’intensifiaient, tandis que Marrakech accueillait en 1994 la réunion historique du GATT, prélude à la création de l’Organisation mondiale du commerce.

Ces jalons ont progressivement préparé le terrain à la grande transformation économique qui s’accélérera à partir du milieu des années 2000. Modernisation de l’agriculture, diversification industrielle, montée en puissance des services et intégration dans les chaînes de valeur internationales ont contribué à bâtir une économie plus solide et plus diversifiée.
Car les chocs du passé ont laissé une leçon durable : pour un pays exposé aux aléas climatiques et aux turbulences internationales, la résilience ne peut pas être un slogan. Elle doit devenir une stratégie.

Et c’est précisément ce que montre aujourd’hui l’évolution de l’économie marocaine : la pluie reste précieuse pour l’agriculture, mais la croissance nationale ne dépend plus uniquement du ciel.