EditorialUne

Les vertus de la médiation

© D.R

Bien avant que la justice moderne ne prenne forme avec ses codes, ses tribunaux et ses procédures, la société marocaine disposait déjà d’un mode de régulation bien plus ancien et souvent plus efficace : la médiation.

Il ne s’agit pas d’un concept importé ni encore moins d’une mode institutionnelle ; elle faisait partie de notre ADN social. Dans nos douars, nos quartiers, nos médinas, nos marchés et nos souks, les différends de voisinage, les litiges entre artisans et clients, ou même les conflits avec l’administration trouvaient souvent leur issue dans le dialogue, la sagesse et l’équité.

Le Maroc a longtemps vécu avec des médiateurs naturels : le cheikh qui adoucit les tensions tribales, le mohtassib qui veille sur la probité des transactions, ou encore l’amine qui arbitre les différends entre commerçants, artisans et clients. Ces figures, à la fois respectées et investies d’une autorité morale, incarnaient une justice du bon sens – celle qui répare avant de punir, qui écoute avant de juger. Elles ont façonné une culture collective où la paix sociale valait plus que la victoire d’une partie sur l’autre.

Ce n’est donc pas un hasard si l’État marocain, dans sa modernisation institutionnelle, a choisi de prolonger cet héritage et de le garder actif. L’Institution du Médiateur du Royaume, héritière des Diwan Al Madhalim, s’inscrit dans cette continuité historique : celle d’un Maroc qui privilégie la conciliation à la confrontation.

Dans le monde des affaires aussi, l’arbitrage et la médiation se sont imposés comme des instruments incontournables de régulation, offrant rapidité, confidentialité et équilibre là où les lenteurs judiciaires freinent souvent la confiance économique.
Aujourd’hui, cette logique gagne à irriguer toute l’action publique (lire l’article en pages 4 à 6). Il ne s’agit pas seulement d’instruire des réclamations ou de répondre à des doléances, mais d’adopter une écoute active, un réflexe d’anticipation. Travailler avec le Médiateur, pour les administrations, c’est apprendre à entendre autrement : écouter non pour se défendre, mais pour comprendre.