Les chiffres ont parfois la vie dure. Une fois publiés, ils sont souvent analysés, commentés, puis rapidement oubliés au profit de l’actualité suivante. Pourtant, certains d’entre eux méritent un tout autre sort car ils ne constituent pas de simples statistiques instantanées mais de précieux indicateurs de la manière dont un pays se transforme… ou ne se transforme pas. C’est le cas des comptes régionaux que le HCP publie régulièrement (Lire l’article en pages 4 à 6).
Pour ceux de 2024, un premier constat rassurant : en quatre ans, le Maroc a créé près de 462 milliards de dirhams de richesse supplémentaire. Toutes les régions ont retrouvé le chemin de la croissance. L’économie nationale a démontré sa capacité à rebondir après le choc du Covid.
Deuxième enseignement : Les grandes locomotives économiques restent les mêmes contrastant avec les investissements massifs engagés dans pratiquement toutes les régions. Casablanca, Rabat et Tanger continuent de concentrer l’essentiel de la création de richesse. Cela rappelle simplement une réalité économique : une géographie ne se déplace pas au rythme d’un chantier.
Construire un port, une zone industrielle, une ligne ferroviaire ou un aéroport est une chose. Faire naître autour de ces infrastructures un tissu d’entreprises, des emplois qualifiés, des chaînes de valeur et une nouvelle dynamique territoriale en est une autre. Ce second temps est toujours plus long. Il se compte souvent en années, parfois même en décennies.
Mais le troisième enseignement est le plus intéressant : Les comptes régionaux montrent que quelque chose commence à bouger. Les régions de Marrakech-Safi, Fès-Meknès ou encore Souss-Massa gagnent progressivement du terrain. Les écarts avec le trio de tête persistent, mais ils ne sont plus totalement figés. De nouvelles dynamiques apparaissent. Elles sont encore en amorçage mais elles n’en sont pas moins réelles.
La régionalisation se jugera à la capacité de chaque territoire à produire davantage de richesse, à attirer les talents, à développer ses propres filières et à offrir des perspectives à sa population. C’est un chantier moins visible que les grues. Mais il est sans doute encore aussi décisif si non plus.









