EditorialUne

Mobilité constructive

© D.R

Le Maroc se transforme par le mouvement. Ce n’est plus seulement un pays qui se développe : c’est un pays qui se déplace. Selon les derniers chiffres fournis par le HCP, près de quatre Marocains sur dix ont déjà changé de commune au cours de leur vie (lire l’article en page 11).

Ce simple indicateur dit beaucoup : la mobilité interne n’est plus un accident biographique. Elle devient de plus en plus une trajectoire normale, un choix assumé par des millions, une dynamique qui recompose silencieusement notre carte humaine.
Mais ce mouvement collectif génère évidemment une formidable énergie dont les jeunes sont le moteur. Ils quittent le cocon familial pour aller étudier, travailler, oser et, parfois simplement exister ailleurs. Naturellement, ils suivent les opportunités qui émergent dans les pôles qui montent, de Tanger à Dakhla, d’Oujda à Laâyoune. Ils deviennent les acteurs d’un phénomène mondial: le nomadisme des compétences. Une génération qui ne s’attache plus seulement à un lieu mais à un projet, à un potentiel, à un avenir.

Il fut une époque où les analystes parlaient de l’exode comme étant un fléau. La mobilité d’aujourd’hui reflète une transition de fond : le pays change sa logique territoriale. Les régions veulent cesser d’être spectatrices du développement pour en devenir les plateformes. C’est exactement l’esprit de la nouvelle génération de Plans de développement territoriaux intégrés appelée par le Souverain dans son derniers discours du Trône : rééquilibrer, connecter, décloisonner. Faire en sorte que l’opportunité ne soit plus un privilège géographique.
Le défi, désormais, n’est plus de savoir si les Marocains vont bouger. Ils bougent déjà. Le défi est de faire en sorte que chaque déplacement soit un gain collectif et non vide laissé ailleurs. Car un territoire qui se vide perd plus que des habitants : il perd des compétences, des ambitions, du futur.

La mobilité peut être un formidable levier de performance, à condition qu’elle soit pensée, organisée, accompagnée. Le Maroc a devant lui un atout majeur : une population jeune, mobile, prête à s’adapter, à entreprendre, à construire. Il reste à en faire une force territoriale à travers des politiques publiques qui balisent la route vers la réussite.

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