L’idée d’un accord de libre-échange entre le Maroc et la Chine revient régulièrement dans le débat économique national. Et un tel accord, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, n’est pas forcément «suicidaire» pour une économie.
De nombreux pays – de différents niveaux de développement – ont déjà franchi ce pas avec Pékin sans que leurs économies ne s’effondrent pour autant. Visiblement, la Chine a construit, méthodiquement, un réseau d’accords ciblés qui répondent à une logique claire : élargir l’accès aux marchés tout en projetant ses capacités industrielles. Le Maroc, de son côté, n’est pas un terrain vierge. Son maillage d’accords avec l’Union européenne, les États-Unis et d’autres partenaires lui confère un statut particulier de plateforme d’export que Pékin observe avec attention.
Dans l’autre sens, il serait difficile d’ignorer l’ampleur de l’opportunité potentielle. Un ALE avec la Chine, bien calibré, ouvrirait théoriquement au tissu productif marocain les portes d’un marché de près de 1,5 milliard de consommateurs. Pour certaines filières déjà compétitives – agroalimentaire à forte valeur, produits de la mer, chimie transformée ou niches industrielles – ce serait une véritable mine d’or commerciale. Au-delà des flux d’export, la perspective d’attirer des investissements industriels chinois orientés vers l’Europe et l’Afrique, avec un contenu local maîtrisé, représente un levier que peu d’économies émergentes peuvent se permettre d’ignorer.
L’histoire économique récente du Royaume invite toutefois à la lucidité… mais aussi à la mesure. En 2004, lorsque le Maroc s’apprêtait à signer son accord de libre-échange avec les États-Unis, les mises en garde sur une supposée asymétrie de puissance dévastatrice étaient nombreuses et parfois alarmistes. Certains prédisaient alors un véritable tsunami américain sur le tissu productif national. Vingt ans plus tard, le scénario-catastrophe ne s’est pas produit. L’économie marocaine a absorbé l’ouverture, parfois avec des ajustements sectoriels, mais sans rupture systémique.
Cela ne signifie évidemment pas qu’un accord avec la Chine serait sans risques. Une ouverture trop rapide pourrait creuser le déficit commercial, et l’industrie légère resterait exposée à un choc concurrentiel si les garde-fous ne sont pas solidement négociés.
Le véritable enjeu est de transformer une éventuelle négociation avec Pékin en instrument d’industrialisation maîtrisée. Un ALE bien conçu peut être un accélérateur. Mal calibré, il devient un facteur de vulnérabilité. Tout est question de lucidité stratégique.










