EditorialUne

Pas de répit pour la vigilance

© D.R

Le terrorisme a ceci de particulier qu’il donne souvent l’illusion de disparaître lorsqu’il ne frappe plus. Les années passent sans attentat, la vie suit son cours, le sentiment de sécurité s’installe progressivement et l’on finit presque par oublier que la menace, elle, ne disparaît jamais vraiment. Elle change de forme, se fait plus discrète, attend son heure. C’est précisément ce qui rend la vigilance indispensable.
Le vaste coup de filet mené cette semaine dans plusieurs villes du Royaume en apporte une nouvelle illustration. Derrière cette opération spectaculaire se cache surtout un travail patient, méthodique et largement invisible. Les réseaux terroristes ne fonctionnent pas dans l’urgence. Ils privilégient l’infiltration, la clandestinité, les cellules dormantes et la préparation de longue haleine. Leur objectif est de frapper lorsque plus personne ne s’y attend. La meilleure réponse consiste donc à maintenir, en permanence, un niveau d’alerte qui ne varie pas au gré de l’actualité.

C’est d’ailleurs tout le paradoxe de la lutte antiterroriste. Lorsqu’elle est efficace, elle devient presque invisible. Le grand public ne voit que les opérations de démantèlement rendues publiques. Il ignore les mois, parfois les années, de surveillance, de recoupements, d’analyses et de coopération qui les rendent possibles. Les attentats qui n’ont pas eu lieu ne font jamais les gros titres. Pourtant, ils constituent souvent les plus grands succès des services de sécurité.

Rendre publiques certaines opérations répond aussi à un autre objectif : rappeler que la menace demeure. Non pas pour entretenir la peur, mais pour éviter que l’habitude n’endorme les réflexes de vigilance. Car la sécurité n’est pas uniquement l’affaire des services spécialisés. Elle repose également sur une société attentive, capable de repérer les signaux de rupture, les phénomènes de radicalisation ou les comportements inquiétants et de les signaler.
Dans un contexte international où les foyers de tension se multiplient et où les organisations extrémistes cherchent sans cesse à se reconstituer, le plus grand risque serait de confondre absence d’attentat et disparition de la menace. La première est le résultat d’un travail quotidien. La seconde est un leurre.