Petit bonjour

Le blogueur d’Agadir qui a dépassé toutes les limites de la décence a le droit, malgré tout, à un procès sérieux. Usant, sur un support électronique, d’une liberté d’expression sans borne éthique ou déontologique, et commentant des informations hasardeuses parues dans la presse, il a donné prise à une justice expéditive qui ne s’est pas accomplie en respect des procédures de droit. Le droit à la défense,  notamment. Mohamed Erraji, un jeune passionné par l’écriture, de faible niveau de scolarité, autodidacte, employé dans un hammam, de santé fragile, n’est pas un professionnel de médias, ni un journaliste. Il n’est rompu ni aux contraintes du journalisme ni à ses canons. Il s’exprime à titre individuel, il dit ce qu’il pense, comme cela vient et il considère, comme ses amis blogueurs, souvent anonymes, qu’il n’est tenu ni par la vérification de l’information, ni par son recoupement, ni par sa mise en perspective, ni par sa contextualisation, ni par les exigences déontologiques et éthiques du métier de journaliste. Tout cela est avéré. Internet et ses blogs ont généré, au nom d’une liberté absolue, pour ne pas dire sauvage, une forme d’expression libre de toute contrainte de droit ou d’éthique. De manière souvent lâche et anonyme, elle fait fi de l’honneur des gens, de leur réputation, de leur honorabilité. Elle se joue de la vérité, de l’information, des faits. Et elle se vautre dans la rumeur, la diffamation ou les injures. C’est un phénomène général, universel et aucun pays n’a trouvé — est -ce possible ? — de parade durable à cette nouvelle réalité. Tout cela n’exclut pas Mohamed Erraji de l’Etat de droit ou du champ d’une justice juste et équitable. Il est un citoyen marocain, et uniquement à ce titre, il a des droits. Il faut qu’ils soient respectés. Au contraire, le procès de Mohamed Erraji au lieu de choisir la voie d’une urgence que ne justifie pas, aurait pu prendre tout son temps — le temps de la justice — pour ouvrir un vrai débat sur les blogs et sur la responsabilité de ceux qui, souvent,  y prennent la parole aux mépris des mêmes droits de l’Homme que nous défendons pour Mohamed Erraji.

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