EditorialUne

Polycrise permanente

© D.R

Il fut un temps où les crises étaient des épisodes. Elles surgissaient, frappaient, puis se résorbaient. Le monde retrouvait ses équilibres, parfois fragiles, mais identifiables. Et surtout durables. Ce temps est révolu.

Depuis 2020, année du Covid, les crises ne se succèdent plus. Elles s’additionnent. Elles s’entremêlent. Elles se nourrissent les unes des autres. Pandémie, inflation, guerre en Ukraine, choc énergétique, tensions au Moyen-Orient, désorganisation du commerce mondial… Nous ne sommes plus face à des séquences. Mais face à un système. Une macro-crise qui s’installe, évolue et ne disparaît plus.

Dans ce nouvel état du monde, le défi n’est plus d’éviter les chocs mais d’y résister. De les absorber. Et surtout de continuer à produire de la richesse, des emplois et du PIB malgré tout.

C’est là que se joue désormais la vraie hiérarchie entre les économies. Celles qui subissent… et celles qui tiennent.
La résilience n’est jamais improvisée. Elle se construit dans le temps long. Et de ce point de vue, le Maroc part avec un avantage structurel. Depuis le début des années 2000, le pays a engagé, sans bruit mais avec constance, une transformation progressive de son modèle économique. Diversification, industrialisation, ouverture maîtrisée… autant de choix qui portent aujourd’hui leurs effets.

Ce n’est donc pas un hasard si, à quelques jours d’intervalle, Moody’s puis S&P Global Ratings sont venus conforter cette lecture (lire l’article en page 7). Au-delà des notations, c’est un signal fort. Celui d’une économie qui, malgré les turbulences globales, reste lisible, pilotée et crédible.
Et cette résilience n’est pas un slogan. Elle se construit dans des arbitrages souvent invisibles : ciblage des aides plutôt que subventions généralisées, sécurisation énergétique, diversification des partenaires, montée en puissance industrielle.

Autrement dit, une capacité à encaisser les chocs sans les subir.

Dans un monde devenu structurellement instable, c’est peut-être cela, désormais, la vraie performance économique. Non plus croître vite, mais durer.
Car au fond, la ligne de fracture mondiale a changé. Elle ne sépare plus les économies riches des autres. Elle distingue celles qui résistent… de celles qui décrochent.

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