EditorialUne

Sauver le capital

© D.R

Le décrochage scolaire, considéré longtemps comme l’un des points noirs du système éducatif national, semble enfin amorcer un reflux.

Les premiers retours d’expérience sont encourageants. Dans les «collèges pionniers», le taux d’abandon aurait été réduit de moitié par rapport aux établissements classiques (lire l’article en page 3). Le signal est suffisamment fort pour être pris au sérieux et, surtout, pour être amplifié sans tarder.
Il faut dire que le défi était immense. Il y a encore quelques années – jusqu’en 2021 notamment – près de 330.000 élèves quittaient chaque année le système éducatif dès le cycle collégial. À cet âge charnière, la rupture est particulièrement lourde de conséquences. Le jeune qui décroche ne dispose ni de la maturité suffisante ni du socle de compétences minimal pour s’insérer correctement dans une formation professionnelle ou dans la vie active.

Chaque abandon est synonyme d’une perte sèche. D’abord au niveau microéconomique, pour la famille et l’entourage immédiat. Mais l’impact le plus lourd se situe à l’échelle macroéconomique. Car le potentiel de création de valeur d’une économie dépend directement du niveau de qualification de sa jeunesse. Quand un élève quitte prématurément l’école, c’est une part de capital humain qui se fragilise, voire se dilapide.
Le coût est également budgétaire.

Les investissements publics consentis dans l’éducation sont considérables, et chaque sortie prématurée en réduit mécaniquement le rendement collectif. Mais au-delà des chiffres, le décrochage scolaire reste avant tout une question sociale majeure, aux répercussions durables sur l’inclusion, l’employabilité et la cohésion.

Les «collèges pionniers» montrent aujourd’hui qu’une inflexion est possible lorsque les dispositifs sont ciblés, suivis et adaptés aux réalités des élèves. Reste désormais l’essentiel : passer de l’expérimentation réussie à la généralisation maîtrisée. Car sur ce terrain, chaque année gagnée est une génération mieux armée, et chaque retard, un coût que le pays ne peut plus se permettre.