Il faut bien le reconnaître : la scène est presque déroutante. Un président sortant applaudi debout. Longuement. Sincèrement, spontanément et sans calcul. Voilà qui, dans notre paysage partisan, relève moins de l’habitude que de l’exception. Pour certains, cela frôlerait l’anomalie statistique. Car enfin, nous avons été si bien habitués aux départs contraints, aux congrès sous tension, aux successions douloureuses, aux mandats successifs interminables et éternels que l’idée même de quitter la scène au sommet semble presque… suspecte.
Lorsqu’il est exercé avec méthode, vision et résultats, le pouvoir n’a pas nécessairement vocation à s’éterniser pour exister. Il devient de facto un leadership intemporel. Voilà une idée audacieuse, presque subversive : Laisser un parti fort, structuré, dominant, et accepter de passer le flambeau quand il est au plus haut de sa puissance, voilà qui va à rebours de certaines pratiques, us et coutumes. Mais les adeptes de la «zaama» éternelle nous rassurent : il ne s’agirait là que d’une coïncidence heureuse, fruit du hasard et non d’une stratégie mûrement réfléchie.
La «standing ovation» des milliers de congressistes du RNI à leur président sortant en cette soirée du 7 février ne serait donc évidemment pas un message. Elle ne dit rien aux autres formations. Elle n’invite surtout pas à réfléchir sur la notion de leadership, de transmission ou de responsabilité historique. Elle n’interroge en rien ces partis qui confondent longévité et inertie, ni ceux qui assimilent le contrôle à la survie. Elle n’illustre pas non plus qu’un chef peut partir sans affaiblir son œuvre, ni qu’un parti peut se régénérer sans imploser.
Il serait d’ailleurs exagéré d’y voir une leçon. Le champ partisan n’a pas besoin d’exemples, encore moins de comparaisons. Chacun son style, chacun son tempo, chacun ses congrès «souverains». Et tant pis si certains quittent la scène par la petite porte, ou ne la quittent jamais vraiment.
Ce qui s’est joué ce soir du 7 février restera donc un simple moment d’émotion collective. Un hommage. Une parenthèse sans lendemain. À moins, bien sûr, que l’histoire politique, parfois têtue et taquine, ne vienne rappeler à ceux qui veulent regarder ailleurs que la vraie empreinte n’est pas celle que l’on s’accroche à défendre, mais celle que l’on laisse derrière soi. Et là, effectivement, on ne peut pas ne pas applaudir. Debout.










