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Amal L. Alami et Wassila Kara, cofondatrices du Future of Work Forum Africa : Avec la 3ème édition, l’importance du futur dans le travail est plus que confirmée !

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Entretien
C’est aujourd’hui que la troisième édition du Future of Work Forum Africa se tient, et ce durant deux jours, au cœur de la métropole économique du Royaume. Les deux cofondatrices reviennent sur la genèse d’un tel événement et établissent le bilan des éditions précédentes. Toutes deux, dans une interview alternée, rappellent également les moments forts de cette édition.

Pourriez-vous nous raconter brièvement comment est née l’idée de lancer un tel concept ?
Wassila Kara : Le sujet du Future of Work existait déjà bien avant le Covid, notamment dans les pays anglo-saxons, à travers des conférences, des travaux de prospective et de nombreuses prises de parole sur l’évolution du travail, des compétences et des organisations.
Amal L. Alami : En revanche, la période post-Covid a clairement changé d’échelle. Elle a rendu ces sujets beaucoup plus visibles, beaucoup plus concrets, et surtout beaucoup plus urgents. Télétravail, nouvelles attentes des talents, transformation accélérée des métiers, montée en puissance de l’IA. Tout cela a créé un contexte dans lequel il devenait nécessaire d’ouvrir un espace africain pour traiter ces questions à partir de nos propres réalités.

Après quelques éditions, quel bilan faites-vous d’une telle initiative ?
Amal L. Alami : 2026 marque bien la troisième édition. Le premier bilan, c’est qu’il existait un besoin réel. En deux éditions, le forum a réuni plus de 1.400 participants. Cela montre que le futur du travail n’est plus perçu comme un sujet secondaire ou de pure prospective, mais comme un sujet stratégique, économique, territorial et managérial.
Wassila Kara : Ce qui nous frappe le plus, c’est la qualité des conversations. Des gens qui ne se rencontrent pas toujours ailleurs se retrouvent ici : DRH, dirigeants, entrepreneurs, institutions, jeunes, diaspora, experts. Et il se passe quelque chose. On ne reste pas dans le commentaire. On voit naître des connexions, des idées, des suites, parfois même des collaborations. C’est là qu’on se dit que le format tient.

Concrètement, quels sont les objectifs fixés dès le départ pour pérenniser un tel format et quel retour avez-vous des participants et intervenants ?
Wassila Kara : Dès le départ, nous avions un cap clair : faire du forum un espace utile. Pas un événement de plus, mais un lieu où l’on repart avec des repères, des idées, des connexions, parfois des décisions. Le deuxième objectif était de construire une parole africaine sur ces transformations, sans simplement reprendre les analyses produites ailleurs. Et le troisième, c’était d’inscrire le forum dans la durée, avec une vraie communauté autour de lui.
Amal L. Alami: Les retours que nous recevons vont souvent dans le même sens. Les participants nous parlent d’un format dense mais accessible, exigeant sans être figé, sérieux mais vivant et aussi dans un lieu qui respire (parc…); Beaucoup nous disent qu’ils y trouvent à la fois de la matière, de la respiration, et des échanges qu’ils n’ont pas ailleurs. Les intervenants (es), eux, apprécient souvent la qualité de l’écoute, la diversité des profils et la liberté du ton.

Quels sont les rendez-vous phares de cette année ?
Wassila Kara : Le jeudi donne tout de suite le ton. Nous ouvrons avec «Lire le Mouvement», une plénière pensée pour prendre de la hauteur sur les transformations en cours, avant d’ancrer la réflexion dans le contexte marocain avec un point focal dédié. Ensuite, les micro-talks en format TED’X viennent donner du rythme, de l’énergie et des regards très différents sur ce que signifie avancer dans un monde qui bouge en permanence à l’image d’un escalator. Le débat gourmand autour du documentaire de Samuel Durand sur le management sera aussi un moment fort, parce qu’il parlera sans détour d’un sujet que toutes les organisations traversent.

Amal L. Alami : Le jeudi après-midi sera particulièrement important, parce qu’il fera le lien entre transformations du travail et décisions publiques très concrètes. Nous aurons une séquence institutionnelle avec les ministres, organisée autour de face-à-face et d’échanges directs, pour aborder des sujets comme l’emploi, les compétences, les TPME, l’industrie, les territoires et les arbitrages à faire maintenant. C’est important pour nous parce que le futur du travail ne peut pas être déconnecté de ce qui se joue aujourd’hui dans les dynamiques régionales, les filières et les projets structurants. Quand on parle de nouveaux projets territoriaux, de montée en gamme économique, ou de priorités de développement, la vraie question devient : avons-nous les compétences, les talents et les organisations capables de porter cela et sont-elles réparties de manière égale sur le territoire?

C’est là que le forum essaie d’être utile. Le vendredi, on entre davantage dans le cœur des transformations RH, managériales et humaines. La matinée s’ouvrira avec le petit-déjeuner exclusif des DRH, qui est pour nous un moment clé. Le Club des Femmes DRH que Wassila a fondé en 2018 en est un point d’appui essentiel et un véritable fil rouge.
Plus largement, le Club traverse le Forum en filigrane sur les deux jours, à travers les échanges, les sessions, les interpellations et les liens qu’il permet de faire vivre. Le reste de la journée est très dense : talents augmentés, diaspora, corridors de compétences, puis l’après-midi autour des marques, des récits de réussite et de la jeunesse, avec notamment le Speech Challenge. L’idée est vraiment de faire se croiser les niveaux de lecture : entreprise, RH, territoire, jeunesse, diaspora, action publique.

Envisagez-vous de vous exporter un jour ailleurs, s’agissant d’un événement tourné vers l’Afrique ?
Wassila Kara : Oui, clairement. Casablanca reste notre ancrage naturel, mais nous avons déjà commencé à projeter cette dynamique ailleurs. Nous avons par exemple organisé un side event à Abidjan en 2024, et nous sentons aussi des attentes du côté du Bénin, du Sénégal et d’autres écosystèmes.
Amal L. Alami : Mais notre ambition n’est pas seulement de faire circuler des conversations. Ce que nous voulons faire grandir, ce sont des espaces de talks, de réflexion structurée et de big think and do tank tournés vers l’action.
L’idée est de construire, à partir de Casablanca, une plateforme capable de se projeter dans d’autres pays, avec des formats adaptés, mais toujours avec la même exigence : produire de la lecture, du lien, et surtout des pistes concrètes pour agir.

Le mot de la fin peut-être…
Wassila Kara : Le futur du travail n’est plus un sujet qu’on peut remettre à plus tard. Il est déjà là, dans les métiers, dans les compétences, dans les tensions sur les talents, dans l’impact de l’IA, dans les choix de management et dans les attentes des jeunes. Le futur du travail n’est plus devant nous. Il est déjà là, et la vraie question est simple : est-ce qu’on décide de le subir, ou de le construire ? D’ailleurs, la thématique : «Comment préparer notre future of Work à partir de notre présent of work ?» fera l’objet d’une mini-enquête avant, pendant et après le forum en collaboration avec DRH.MA et Guillaume Mell, consultant.
Amal L. Alami : Ce que nous voulons avec cette troisième édition, c’est créer un espace où l’on ne se contente pas de constater les mutations, mais où l’on commence réellement à construire des réponses. Si Casablanca peut, pendant deux jours, devenir ce laboratoire africain du futur du travail, alors nous aurons déjà commencé à faire bouger les lignes. Le futur du travail ne se pense ni hors-sol ni hors-contexte: il se construit dans nos territoires, nos entreprises, nos talents et notre capacité à agir ensemble.

Dr Leila Naim, membre du comité de pilotage de l’ESCA HR Lab, professeure-chercheure à l’ESCA Ecole de Management. D.R

Comment comptez-vous immortaliser les échanges pour qu’ils puissent faire l’objet d’un recueil de recommandations ? Nous souhaitons prolonger les échanges du Forum à travers un livre blanc qui fera ressortir les idées fortes, les analyses et les retours d’expérience issus de cette édition. Porté par les équipes de doctorants et d’enseignants de l’ESCA Ecole de Management, ce travail réunira les contributions d’experts, de DRH, de dirigeants et de praticiens autour des grandes transformations du travail et des organisations. L’ambition est de produire un contenu structuré, concret et directement utile, qui aille au-delà du simple compte rendu et débouche sur de véritables enseignements et recommandations pour les entreprises et les décideurs.